Ressources humaines
Transparence des salaires : les obligations à anticiper pour 2026
19 mars 2026
Tout ce qu’il faut savoir sur la nouvelle directive européenne
Oubliez la simple mise en conformité : la directive européenne sur la transparence des salaires impose, dès 2026, un changement profond des politiques salariales pour les entreprises et les professionnels RH. Indispensable, à l’heure où les femmes gagnent encore en moyenne 21,8% de moins que les hommes1. En attendant sa transposition en droit français, on fait le point.
D'ici le 7 juin 2026, les entreprises de l'Union européenne devront se conformer à de nouvelles obligations visant à garantir l'égalité de rémunération, notamment entre les femmes et les hommes. A l'heure où nous écrivons cet article, le projet de loi a été présenté aux partenaires sociaux le 6 mars, et une réunion de concertation est prévue le 19 mars 2026. Cadre juridique, obligations concrètes et calendrier : voici tout ce qu’il faut pour se préparer à cette échéance... et paramétrer son SIRH afin qu’il collecte les bonnes données.
Alors que, symboliquement, les femmes ont travaillé gratuitement à partir du 10 novembre en 20252, la directive européenne sur la transparence des salaires marque un tournant majeur dans la gestion des ressources humaines. Pour les responsables RH, l'enjeu est double : assurer une conformité légale rigoureuse et tout mettre en œuvre pour réduire véritablement les inégalités de salaires qui persistent encore derrière les mesures cosmétiques.
La Directive impose aux États membres de collecter 7 éléments auprès des employeurs :
- l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes ;
- l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes au niveau des composantes variables ou complémentaires ;
- l’écart de rémunération médian entre les femmes et les hommes ;
- l’écart de rémunération médian entre les femmes et les hommes au niveau des composantes variables ou complémentaires ;
- la proportion de travailleurs féminins et de travailleurs masculins bénéficiant de composantes variables ou complémentaires ;
- la proportion de travailleurs féminins et de travailleurs masculins dans chaque quartile ;
- l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes par catégories de travailleurs, ventilé par salaire ou traitement ordinaire de base et par composantes variables ou complémentaires.
Source : DIRECTIVE (UE) 2023/970 DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL du 10 mai 2023
L’Index de l’égalité professionnelle : un premier pas avant la directive
En France, les entreprises d’au moins 50 salariés sont déjà familières avec l’obligation de mesurer et de publier leur Index de l’égalité professionnelle. Calculé sur 100 points, cet outil se base sur 4 à 5 indicateurs selon la taille de l’entreprise :
- l’écart de rémunération femmes-hommes
- l’écart de répartition des augmentations individuelles
- l’écart de répartition des promotions (pour les entreprises de plus de 250 salariés)
- le pourcentage de salariées augmentées à leur retour de congé maternité
- la parité parmi les 10 plus hautes rémunérations
Chaque année, avant le 1er mars, les entreprises doivent publier leur note globale sur leur site internet et la communiquer à leur Comité Social et Économique (CSE).
Si la note est inférieure à 75 points, l’entreprise doit se mettre en conformité sous 3 ans sous peine de pénalité financière : jusqu’à 1% de la masse salariale annuelle comme le précise l’article L1142-10 Code du travail. Si elle est inférieure à 85 points, des objectifs de progression doivent être fixés. Bien que l’Index ait favorisé une prise de conscience, la nouvelle directive européenne va beaucoup plus loin en imposant une transparence plus opérationnelle et proactive.
Offres d’emploi, charge de la preuve : les nouvelles obligations concrètes pour les employeurs
C’est le cœur de la réforme. La directive instaure des obligations précises pour les entreprises de plus de 50 salariés. Elles vont modifier en profondeur les processus RH, du recrutement à la gestion de carrière.
Transparence dès le recrutement
Pour les entreprises, les obligations commencent avant l’embauche. 2 changements majeurs sont à prévoir dans le processus de recrutement :
- Obligation d’indiquer la rémunération :
Les employeurs devront mentionner le salaire initial ou une fourchette de rémunération objective dans l’offre d’emploi. À défaut, cette information devra être communiquée au candidat avant le premier entretien. L’objectif est de permettre une négociation plus équilibrée et d’éviter que la rémunération ne soit fixée sur la base de critères subjectifs. NB : cette obligation vise toute entreprise quelle que soit sa taille selon la directive, la France pourra aménager le seuil lors de la transposition nationale. - Interdiction de questionner sur les salaires antérieurs :
Il sera interdit de demander à un candidat son historique de rémunération. Cette mesure vise à casser le cycle des inégalités salariales, qui peuvent se perpétuer d’un poste à l’autre, en particulier pour les femmes.
Droit à l’information pour les salariés
Une fois en poste, les salariés disposeront d’un droit d’accès renforcé à l’information. Ils pourront demander à leur employeur de leur fournir par écrit :
- Leur niveau de rémunération individuel.
- Les niveaux moyens de rémunération, ventilés par sexe, pour les catégories de travailleurs accomplissant un même travail ou un travail de valeur égale.
Il ne s’agit pas de connaître le salaire exact de ses collègues, mais bien d’accéder à des données agrégées et anonymisées (et donc conformes au RGPD) pour se positionner. L’employeur aura un délai de deux mois pour répondre à cette demande. Par ailleurs, l’entreprise sera tenue d’informer tous les salariés de ce droit (et de la manière dont il peut le faire valoir) au moins 1 fois Ce droit à l’information est détaillé dans l’article 7 de la directive.
De plus, l’entreprise devra rendre accessibles les critères utilisés pour déterminer les niveaux de rémunération et la progression salariale. Ces critères devront être objectifs, neutres et non discriminatoires.
Reporting, seuils et mécanismes de correction
Les articles 9 et 10 de la directive imposent de nouvelles obligations de reporting, qui varient selon la taille de l’entreprise. Elles devront publier un rapport sur les écarts de rémunération hommes-femmes tous les trois ans :
- Dès 2027 pour les effectifs de 150 à 249 salariés, puis tous les 3 ans.
- Dès 2027 également les entreprises de 250 salariés et plus, qui devront quant à elles publier un rapport annuel.
- Dès 2031 pour ceux de 100 à 149, puis tous les 3 ans.
Que se passe-t-il si le rapport révèle un écart de rémunération moyen de plus de 5 % par catégorie de travailleurs, que celui-ci n’est pas justifié et que l’employeur n’a rien fait pour le combler ?
L’entreprise sera tenue de mener une évaluation conjointe des rémunérations en collaboration avec les représentants du personnel. Au-delà de la simple évaluation, elle devra justifier les raisons des écarts, proposer des mesures correctives et surtout un moyen d’évaluer leur efficacité.
En cas de violation des ces obligations, les salariés auront le droit de demander une indemnisation ou la réparation du dommage. Charge aux États membres de fixer des sanctions « effectives, proportionnées et dissuasives » (article 23) pour garantir le respect de ces obligations (sanctions financières ou exclusion des marchés publics en cas de manquement). A l’heure actuelle, rappelons que la directive n’est pas encore transposée dans le droit français.
Renforcement des sanctions et de la charge de la preuve
Enfin, l’article 18 de la directive instaure une inversion de la charge de la preuve en matière de litige salarial. Cela signifie lorsque l’entreprise n’a pas respecté ses obligations de transparence ou lorsqu’un écart injustifié est établi, c’est à l’employeur de prouver l’absence de discrimination salariale, et plus au salarié de l’établir. Un vrai changement de paradigme.
Tableau récapitulatif des obligations et échéances de la directive européenne sur la transparence des salaires
| Obligation | Entreprises concernées | Date/Échéance |
| Publication de l’Index de l’égalité professionnelle | ≥ 50 salariés | Chaque année, avant le 1er mars |
| Indication du salaire ou de la fourchette dans les offres d’emploi | ≥ 50 salariés NB : l’obligation de transparence à l’embauche découle de la directive, mais la transposition française précisera ce seuil ; actuellement le projet prévoit 50 salariés à l’image de l’index, mais le texte européen cible toute entreprise avec obligation différenciée selon effectif |
À compter du 7 juin 2026* |
| Interdiction de questionner sur les salaires antérieurs | ≥ 50 salariés (voir remarque ci-dessus sur le seuil) | À compter du 7 juin 2026* |
| Droit d’accès des salariés à l’information (niveau et critères de rémunération) | ≥ 50 salariés (possibilité d’exemption pour certains critères dans les <50 salariés selon la transposition) | À compter du 7 juin 2026* |
| Publication du rapport sur les écarts de rémunération | 100 à 249 salariés | Tous les 3 ans (dès 2027 pour 150-249 salariés ; dès 2031 pour 100-149) |
| Publication du rapport sur les écarts de rémunération | ≥ 250 salariés | Annuel, à compter de 2026 |
| Obligation de correction si écart >5% non justifié | ≥ 100 salariés | À partir de la publication des rapports de situation, obligation de corriger si l’écart non justifié persiste plus de 6 mois |
| Évaluation conjointe des rémunérations avec représentants | ≥ 100 salariés dès seuil franchi | Délai de 6 mois après identification et communication des écarts |
| Formalisation et publication des critères de détermination/progression salariale | ≥ 50 salariés (seuil sujet à transposition) | À compter du 7 juin 2026* |
| Communication des résultats à l’administration/CSE | ≥ 50 salariés | Selon publication annuelle de l’index ou rapports |
| Mise en conformité des outils RH et reporting | Toutes tailles (recommandé) | D’ici le 7 juin 2026 |
*La précision du juriste : La directive européenne pose des obligations générales mais prévoit des aménagements selon la taille des entreprises lors de la transposition. Certaines obligations peuvent être allégées voire non requises pour les entreprises inférieures à 50 salariés : la législation nationale devra préciser ces seuils.
En bref : vers une nouvelle culture de la rémunération
Si elle est anticipée sereinement, la directive sur la transparence des salaires est une opportunité de consolider l’équité au sein de l’entreprise et de renforcer votre marque employeur. Les entreprises qui s’équiper des bons outils de pilotage RH pour prendre le virage transformeront cette obligation juridique en un véritable avantage concurrentiel pour attirer et fidéliser les talents.
3 points pour se préparer à la directive sur la transparence des salaires
1. Ce qui change : la façon d’envisager sa politique salariale.
- Transparence dès le recrutement : indiquer les salaires et bannir les questions sur les salaires antérieurs.
- Droit à l’information pour les salariés : accès aux niveaux et critères de rémunération.
- Reporting : publier rapports et corriger écarts > 5 %.
- Renforcement des sanctions et de la charge de la preuve : c’est désormais à l’employeur de prouver l’absence de discrimination.
2. Collecter les données : centraliser toutes les informations salariales, fixes et variables, ventilées par sexe et catégorie de poste pour le reporting.
3. Politique de traitement des écarts : définir des critères objectifs et documentés pour identifier et corriger tout écart injustifié, avec implication des représentants du personnel.
Préparez-vous dès maintenant à intégrer ces nouvelles exigences dans votre stratégie RH. Pour aller plus loin et découvrir comment l’IA peut vous aider à optimiser vos processus de recrutement dans ce nouveau contexte, téléchargez notre guide.
Découvrez les 10 applications de l’IA dans le recrutement
En savoir plusFAQ : vos questions sur la directive européenne de transparence des salaires
Pourra-t-on connaître le salaire de ses collègues avec la directive ?
Non, les salariés n’accèdent pas aux salaires exacts. Pour éviter les scandales type Balance ton salaire, les salariés auront des données agrégées et anonymisées, ventilées par sexe et catégorie de poste, pour comparer équité et niveaux de rémunération.
Quand va entrer en vigueur la directive européenne de transparence des salaires ?
La directive doit être transposée et appliquée avant le 7 juin 2026 dans tous les États membres de l’Union européenne.
Comment la directive est-elle transposée en droit français ?
La transposition se fera par une loi nationale et décrets, en s’appuyant sur l’Index de l’égalité professionnelle et en introduisant de nouvelles obligations de transparence et de reporting.
Vous souhaitez en savoir plus sur Cegid HR ?
Remplissez le formulaire et faites-vous rappeler !
J'y vais
Comment préparer votre entreprise à l’échéance ?
Les grandes lignes sont tracées, les entreprises peuvent dès maintenant engager une démarche proactive :