TPE et PME : quelles inégalités économiques face aux grandes entreprises ?

En France, 96 % des entreprises sont des TPE et PME[1]. Et pourtant, ces très petites structures sont loin d’occuper toute la place qu’elles méritent au regard de leur poids économique. Peu représentées sur la scène médiatique, dotée d’un pouvoir de lobbying plus faible, elles ont du mal à faire entendre leur voix auprès des politiques. Voici un panel d’inégalités qui démontre comment cette majorité des entreprises est traitée comme une minorité et pourquoi il serait temps d’appliquer l’égalité républicaine aux entreprises

TPE et PME : des opportunités d’emploi peu représentées

En matière d’emploi et de ressources humaines, les TPE ont dû mal à rivaliser avec les politiques d’attractivité des grands groupes.

 Il faut 7 fois moins de chiffre d’affaires pour créer un emploi dans une TPE que dans une grande entreprise ! 

Gilles Lecointre,

Professeur à l’Université de Paris Ouest et enseignant à l’Essec[2].

Cet ordre de grandeur illustre bien le décalage entre les grandes entreprises, qui bien souvent se tournent vers l’international pour réduire leur masse salariale, et les plus petites, qui ont tendance à créer de l’emploi en France.
Entre 2002 et 2010, les PME ont ainsi assuré 85 % de la création nette d’emplois dans l’Union Européenne !

Pourtant, les petites entreprises subissent plus de difficultés de recrutement que les autres. 72 % des dirigeants de TPE qui recrutent déclarent rencontrer des difficultés, au point qu’il s’agisse désormais de leur première préoccupation[3].

Les plus petites entreprises n’ont pas le pouvoir d’attraction des grands groupes, qui disposent de moyens de communication énormes et d’avantages sociaux sur lesquels elles ne peuvent pas s’aligner. Les TPE ont pourtant des cartes à jouer : un accès généralement plus rapide aux responsabilités ou au capital, des postes plus transverses, un cadre de travail plus familial, un contrat de travail adapté…

Des actions concrètes pour l’attractivité des TPE doivent être engagées, pour faire connaître leurs avantages, sensibiliser les étudiants à leurs atouts, aider les dirigeants à communiquer efficacement sur les réseaux sociaux, ou favoriser la mobilité des salariés à l’extérieur des grandes agglomérations.

 

L’accès des TPE et PME à la commande publique est encore trop complexe

La commande publique est un formidable levier de croissance pour les TPE, et un excellent moyen de stimuler l’innovation. Pourtant, la prise de conscience française sur ce sujet peut sembler tardive.
Pour preuve, ce rapport parlementaire de 2015, qui reconnaissait que faute de données comparables, il était alors « impossible de savoir si la part des PME dans la commande publique avait augmenté ou diminué au cours des dix dernières années »[4] !

Où en est-on aujourd’hui ? Si les TPE représentent 96 % des entreprises, elles ne bénéficient que de 62 % des contrats de marchés public en nombre, et 32,3 % en montant. Les grandes entreprises, représentent quant à elles 18,2 % des contrats mais surtout 43,3 % des montants engagés[5] !

Faut-il simplifier les procédures de réponses aux appels d’offres ?

Dès la réponse à l’appel d’offres, les TPE sont pénalisées, parce qu’elles ne disposent pas des ressources spécialisées en interne pour répondre avec tout le formalisme requis par cette procédure.

Puis, pendant la phase d’examen des candidatures, elles sont aussi en position délicate, difficilement compétitives avec les prix tirés et les économies d’échelle des grands groupes.
Enfin, lorsqu’elles parviennent à obtenir un marché, les petites entreprises doivent avoir les reins suffisamment solides pour supporter les délais de paiement du secteur public, ou de leur donneur d’ordre.

Tous les contrats ne sont bien évidemment pas délégables à des petites entreprises, mais il existe certainement une marge de progression. Les organisations patronales font régulièrement des propositions à ce sujet, et certaines sont particulièrement dignes d’intérêt :

  • simplifier les procédures de réponses aux appels d’offres ;
  • favoriser la qualité par rapport au prix dans le choix de l’entreprise, afin de ne pas privilégier les « géants » du secteur ;
  • encourager le regroupement de PME pour accéder à des contrats d’un montant élevé.

 

Les TPE et PME écrasées par la multiplicité des normes juridiques

Le miracle français de la multiplication des normes peut prêter à sourire, tant il est commenté. Pourtant, c’est aussi une incroyable source d’inégalité entre les entreprises.
Par exemple, un boulanger ne dispose que rarement d’un directeur juridique et un transporteur n’a pas toujours un juriste fiscaliste à disposition. Dans les grandes entreprises, au contraire, des services juridiques, des DRH et des cabinets d’avocats assurent à la fois un travail de veille juridique, d’anticipation des réformes, de mise en conformité et de conseil.

Pourtant, les lois sont les mêmes pour tous, ou presque. Incapables d’absorber un tel rythme de nouveaux textes, les TPE subissent une véritable insécurité juridique.

L’Allemagne a recours à des lois de simplification pour supprimer régulièrement les charges administratives qui pèsent sur les entreprises : réduction de la bureaucratie, simplification des procédures fiscales et sociales, des normes environnementales, etc[6].

Pourquoi ne pas conduire ce type de programme en France ?

 

Pourquoi les TPE et PME ont-elles des taux d’imposition plus élevés que les grandes entreprises ?

C’est un fait relativement connu : selon plusieurs études, le taux implicite d’impôt sur les bénéfices des TPE et PME est plus élevé que celui des grandes entreprises[7]. Le graphique ci-dessous est pour le moins parlant[8] !

taux d’IS implicite brut avant report par taille d’entreprises

Les grandes entreprises peuvent bénéficier d’optimisations fiscales, notamment au sein des groupes internationaux. Des dispositifs inaccessibles aux TPE et PME !

De ce fait, est-il normal qu’un artisan paie proportionnellement plus d’impôt sur le bénéfice qu’une multinationale ?

Les TPE et PME accusent des retards de paiement colossaux

 Les retards de paiement coûtent 19 milliards d’euros aux TPE et PME.

Gilles Lecointre,

Professeur à l’Université de Paris Ouest et enseignant à l’Essec[2].

C’est une évidence, les TPE disposent d’un pouvoir de négociation plus faible que les grandes entreprises. Bien souvent, ce sont donc elles qui portent le coût des retards de paiement.

Il ne s’agit pas que de mots : si d’un coup de baguette magique, toutes les parties prenantes se mettaient à respecter les délais légaux, les TPE/PME verraient, globalement, leur trésorerie s’améliorer de 19 milliards d’euros[9] !

Une solution envisagée serait de renforcer les sanctions contre les grandes entreprises qui ne respectent pas les règles du jeu. Mais dans ce domaine, les TPE ne sont pas condamnées à attendre une action de l’Etat.

Des solutions de financement innovantes, grandement simplifiées par les évolutions technologiques de ces dernières années, permettent d’améliorer la trésorerie des entreprises.

Exemple : le financement de factures.

Chez Cegid, nous utilisons le machine learning et l’intelligence artificielle pour améliorer notre algorithme et analyser le risque lié à une créance et son débiteur. Ainsi, nous pouvons délivrer de manière instantanée une décision de financement, avec versement dans les 48h sur le compte de l’entreprise.
Résultat : 93 % de taux d’éligibilité et 0,20 % de taux de défaut. Exemplaire sur ce marché !

Certaines inégalités peuvent être corrigées grâce à la technologie et à les TPE doivent se saisir de ces solutions !

Services bancaires : une offre tout simplement inadaptée aux TPE

Les établissements bancaires plus frileux à accorder des crédits aux TPE

Selon la Banque de France, au 1er trimestre 2022, 89 % des TPE ont obtenu le crédit d’investissement souhaité et 80 % le crédit de trésorerie demandé. C’est respectivement 8 et 7 points de moins que pour les PME. Les plus petites entreprises accèdent donc plus difficilement au crédit, semblant confirmer que la prise de risque n’est pas le point fort des établissements bancaires.
Toujours selon la Banque de France, et sur la même période, seules 8 % des TPE ont demandé un crédit d’investissement[10], contre 18 % pour les PME.

Plus que l’indicateur d’obtention des crédits, c’est celui de recours au crédit qui doit nous alerter. Comment expliquer que sur un trimestre donné, 96 % des TPE n’aient pas recours à un financement de trésorerie, pour croître, répondre à un appel d’offres, lancer une nouvelle commande, ou se lancer à l’international ?

Une offre de financement pas adaptée

 Les freins au développement des entreprises artisanales résident moins dans un rationnement des financements bancaires que dans une absence de connexion entre les besoins des entreprises et l’offre de financement.

Gilles Lecointre,

Professeur à l’Université de Paris Ouest et enseignant à l’Essec[2].

L’offre bancaire traditionnelle n’est pas adaptée aux TPE, et c’est une inégalité de plus entre les entreprises. Les TPE ont besoin d’offres de financement souples, gérables à la facture, en ligne, apportant une réponse rapide, à des coûts raisonnables. Pas d’offres monolithiques et complexes taillées pour les grandes entreprises.
Ces besoins nous les avons compris et développés chez Cegid avec des offres modulables et adaptées aux entrepreneurs.

 

Les inégalités économiques entre TPE/PME et grandes entreprises donnent, dans certains cas, une impression de « David contre Goliath ».

Pour parer à ces moyens inadaptés, les éditeurs comme Cegid mettent en place des solutions à destination des dirigeants de TPE, experts-comptables, auto-entrepreneurs…

Et si l’on allait plus en imaginant un ministère de l’égalité TPE/Grandes entreprises ?

 

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Sources :

[1] « Les entreprises en France », édition 2021

[2] « Les PME, plus que jamais le premier moteur de l’emploi », La Tribune, mai 2015

[3] Baromètre BPIFrance / Rexecode, Mai 2022

[4] « Passer de la défiance à la confiance : pour une commande publique plus favorable aux PME », Rapport d’information n° 82 (2015-2016), octobre 2015

[5] Recensement économique de la commande publique, MINEFI, 2020 (chiffres 2019)

[6] « Simplifier efficacement pour libérer les entreprises », Rapport d’information n° 433 (2016-2017), février 2017

[7]  Le taux implicite correspond au montant de l’impôt réellement payé rapporté au résultat de l’entreprise.

[8] « La situation des prélèvements obligatoires sur les entreprises en France et chez ses principaux partenaires économiques », S. Desmettre, inspectrice des finances, juillet 2020

[9]  Rapport 2020 de l’Observatoire des délais de paiement

[10] « Banque de France, enquête auprès des TPE/PME au 1er trimestre 2022, cité dans l’étude « Le financement des entreprises – priorité stratégique des banques française », FBF, mai 2022

[11] « Les PME/TPE et le financement de leur développement pour l’emploi et l’efficacité », Conseil économique social et environnemental, mars 2017


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