Paie & Ressources Humaines

Soft skills, critère essentiel de recrutement et clé du leadership

10 Sep 2018

Bienvenue dans l’ère des soft skills. Il faut les cultiver et les démontrer. Les valoriser chez ses collaborateurs, encourager leur pleine expression à tous les niveaux de responsabilité dans l’entreprise. Ils sont devenus un critère essentiel de recrutement et une clé essentielle du leadership.

La notion de soft skills désigne dans les discours managériaux les qualités personnelles couramment opposés aux savoir-faire techniques (« hard skills »). Leur importance est de plus en plus reconnue dans l’entreprise. Naguère, on ne jurait que par les experts, les spécialistes, les sachants aux compétences hyper pointues. Désormais, ce sont les aptitudes comportementales, culturelles et sociales qui tiennent le haut du pavé. Autres temps, autres mœurs ?

Pas vraiment : la montée en puissance des soft skills ne frappe pas d’interdit les compétences techniques, et vous hésiteriez certainement à faire appel à un dentiste, un garagiste ou un assureur-crédit riche en soft skills, mais défaillant sur le chapitre des savoir-faire professionnels ! Seulement, on a compris depuis longtemps qu’il fallait marcher sur ses deux jambes et que les bons managers sont ceux qui conjuguent savoir-faire d’excellence et savoir-être de haute tenue.

Un peu de douceur dans un monde de brut(es) ?

Les soft skills, qualités humaines par excellence, renvoient à la part d’affect, d’émotion, d’intelligence relationnelle.

A l’âge numérique, l’humain n’a pas dit son dernier mot. Bien au contraire. Et le cœur a ses raisons que l’entreprise ne peut plus ignorer, comme le souligne la directrice de la London School of Economics, Minouche Shafik :

« Hier, le travail était physique. Aujourd’hui, il fait appel à l’intellect. Demain, il faudra aussi faire preuve de cœur. L’intelligence émotionnelle, l’empathie et la collaboration avec d’autres personnes du monde entier constituent une part essentielle de l’enseignement que nous devons proposer. »

Les environnements professionnels les plus « technicistes », les mieux normés, savent eux-mêmes la grande importance de ces compétences douces, qui leur permettent de faire la différence dans la concurrence économique et technologique acharnée.

Le CEO du cabinet de conseil et d’audit PwC, Bernard Gainnier, est attaché à valoriser les soft skills. Il explique :

« Ce qui caractérise notre époque, au-delà de la création de nouveaux métiers, c’est le rythme auquel se succèdent les innovations et la rapidité d’adaptation nécessaire des ressources humaines de l’entreprise. Ainsi, la caractéristique essentielle du salarié et du travailleur indépendant de demain sera avant tout l’adaptabilité. Des compétences métier, digitales en particulier, s’avèrent incontournables pour anticiper les évolutions technologiques. Mais ces compétences ne seront rien sans la créativité, l’intelligence émotionnelle, l’imagination … » .

Guillaume Durnerin, dirigeant du cabinet de recrutement Kraven Partners, est particulièrement attentif à la façon de se comporter et de raisonner chez les candidats. Il privilégie « le fait de réfléchir vite et de trouver une solution rapidement à un problème. D’être capable de transmettre une information et des messages, et aussi d’embarquer son entourage. » Tous domaines où les soft skills jouent un rôle fondamental.

Esprit, es-tu là ?

Sens critique, curiosité intellectuelle, créativité … : les soft skills nous rendent, individuellement et collectivement, plus inventifs, plus imaginatifs, plus collaboratifs. Bref, plus intelligents, comme plus performants. Le sociologue et consultant Frédéric Petitbon, co-auteur du livre Managers : libérez, délivrez … surveillez ? (Le Cherche-Midi, 2017), résume ainsi leur fonction : « Adaptabilité, créativité, capacité à résoudre des problèmes. » Et capacité à établir des liens et à collaborer avec les autres.

Difficile de les lister de manière exhaustive, tant ces qualités reflètent l’infinie variété des émotions et dispositions humaines. A défaut de catalogue à la Prévert, le cabinet PwC en met 6 à l’honneur, déterminantes dans ses métiers, mais qui valent pour l’ensemble des organisations et des secteurs d’activité :

– l’agilité, ou la capacité à s’adapter à toutes les situations
– la curiosité, ou l’envie de comprendre les problématiques de chaque client
– l’esprit d’équipe, ou le travail collectif à tous les niveaux
– le leadership, ou l’influence qui crée l’inspiration
– l’esprit entrepreneurial, ou la capacité à être force de proposition
– penser « out of the box », ou l’ouverture d’esprit nécessaire à l’innovation.

Esprit d’adaptation, curiosité d’esprit, ouverture d’esprit, esprit de partage et d’engagement, esprit entrepreneurial : on le voit, les soft skills renvoient à l’intellect aussi bien qu’à l’affect. Elles nous donnent plus d’habileté et d’adresse dans tout ce que nous entreprenons, nous aident à développer un esprit de finesse et nous procurent un « supplément d’âme », loin de l’approche techniciste impersonnelle, désincarnée, insensible.

Si l’entreprise au XXIe siècle est un humanisme, alors les soft skills constituent ses meilleurs alliés.

Eloge de la transversalité

« A la London School of Economics, notre objectif est que les étudiants acquièrent une base interdisciplinaire dès la première année », rappelle la directrice de ce prestigieux établissement. Acquérir un socle de connaissances est important ; savoir l’utiliser à bon escient dans la vie professionnelle l’est tout autant ; et savoir dialoguer à l’université comme dans l’entreprise avec d’autres disciplines, d’autres spécialistes, d’autres filières professionnelles devient, dans un monde décloisonné, de plus en plus déterminant.

Le croisement des compétences, l’addition des approches et des cultures, facilitent l’innovation et les réponses adaptées à des questionnements complexes. On le voit par exemple dans le domaine des technologies numériques, où linguistes et autres spécialistes de sémantique cohabitent avec les data scientists et mathématiciens pour explorer des champs nouveaux.

Et cela demande non seulement des compétences hards skills en nombre, de la cryptographie à la grammaire en passant par les sciences cognitives, les sciences du vivant …, mais aussi des soft skills à gogo, à commencer par la capacité à s’adapter à d’autres façons de réfléchir et de travailler et à s’enrichir du savoir des autres, au lieu de s’enfermer dans son pré carré.

Claire Omri, responsable des partenariats et de l’insertion professionnelle à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, est convaincue de l’importance des softs skills, de la culture générale et des « humanités ». La responsable des relations avec les entreprises de cette prestigieuse grande école qui forme à la fois des mathématiciens, des philosophes, des économistes, des biologistes, des sociologues, etc., explique qu’il en va là d’une très précieuse « capacité à mettre en lumière des questionnements de pensée, à confronter des idées, à concevoir leurs limites ; à proposer des pistes de réflexion nouvelles », soit autant de forces pour « analyser un monde de plus en plus complexe et offrir les clés de compréhension pour demain. »

Les soft skills, constituent ainsi les clés pour faire progresser l’intelligence collective et améliorer les performances.

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