Salaires : et si on disait tout ?

En France comme aux États-Unis, les grandes entreprises doivent déclarer l’écart entre les salaires de leurs dirigeants et le salaire médian. Faudrait-il aller plus loin et tout rendre public, partout ? La question mérite d’être posée.

Et outre-Atlantique alors ? Les Nord-Américains sont plus à l’aise avec la question. L’information sur le montant des salaires par type de poste et d’entreprise est assez facilement accessible sur Internet. Et pourtant, l’obligation imposée en 2017 aux entreprises cotées aux États-Unis de publier le ratio entre la rémunération de leur directeur général et celle de l’employé médian a quand même été critiquée. Les organisations concernées redoutaient la réaction du personnel.

Faut-il généraliser l’approche américaine ? Rendre publique la grille des rémunérations ne manque pas d’avantages. C’est le moyen de faire taire rumeurs et bruits de couloirs. Et au passage d’inciter ceux qui voudraient une meilleure paye à mériter une promotion. Pour l’entreprise, c’est l’assurance de maîtriser ses coûts, car si les règles du jeu sont claires pour tout le monde, il n’y a plus de raison de transiger avec l’un ou l’autre. Pour les salariés, terminée l’injustice entre ceux qui savent négocier et ceux qui n’osent pas. Cette transparence est enfin le moyen d’en finir une bonne fois pour toutes avec les discriminations hommes-femmes, sans doute le meilleur argument en faveur d’une telle décision.

Reste qu’en Europe les avancées demeurent timides. La Norvège est allée le plus loin en rendant disponible chaque feuille de paie, sur demande au centre des finances publiques. En Allemagne, les employés des sociétés de plus de 200 personnes ont le droit de connaître les critères sur lesquels repose leur salaire. Au Royaume-Uni et en France, les entreprises de plus de mille salariés doivent déclarer l’écart entre leurs salariés les mieux et les moins bien payés. Mais la politique du zéro-secret est loin d’être la norme.

Pourquoi la question est-elle aussi épineuse ? Une partie de la réponse a été apportée par une étude de la Harvard Business Review. L’être humain a une tendance naturelle à surestimer la valeur de son travail, explique Todd Zenger, son auteur. En découvrant qu’ils sont « sous-payés » par rapport à certains de leurs pairs, les employés seraient davantage démotivés ou tentés de partir. De même, la révélation des plus hautes rémunérations est susceptible d’entraîner des mouvements de contestation. Et donc de déstabiliser l’organisation. En définitive, le problème avec la transparence des salaires est qu’elle incite les gens à se comparer au lieu de se demander comment devenir plus performants.


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