La question salariale rattrape les cabinets d’expertise-comptable

Retour de l’inflation, préoccupations sur le pouvoir d’achat, et tensions sur le marché de l’emploi : plus que jamais la question salariale sera posée dans les cabinets. Des augmentations peuvent sembler nécessaires pour recruter et conserver les talents. Mais à quel niveau ? Pour maîtriser les dépenses, tout en restant attractif pour les candidats, le mieux c’est encore de se comparer.

Nous vivons une reprise brutale de l’inflation, déjà remontée à 6,1% en tendance annuelle au mois de juillet (Insee), et que de nombreux économistes, comme Marc Touati, anticipent à hauteur de 8-10 % à la fin de l’année. La question des salaires et du pouvoir d’achat des collaborateurs va donc devenir centrale dans les mois qui viennent, à un moment où la demande des cabinets reste soutenue en matière de recrutement.

S’il est évident que les dirigeants vont devoir « lâcher du lest », ils peuvent légitimement se demander où placer le curseur. Les diverses enquêtes sur les salaires pour les professionnels du chiffre, même si elles portent essentiellement sur une année 2021 dont la stabilité relative – nous vivions alors une deuxième année de pandémie ! – parait bien loin, fournissent des repères.

Salaires en cabinet comptable : le calme avant la tempête ?

Premier constat, la mobilité des salariés et les besoins des cabinets se combinent pour entretenir la pression salariale. Ainsi, selon une étude Fed Finance[1] auprès de 400 candidats et de 100 recruteurs, un professionnel sur deux (51%) a passé un entretien d’embauche et ils sont 75% à avoir reçu au moins deux offres d’emploi.

Il y aurait cependant une relative embellie puisqu’en 2020, ils étaient 75% à avoir passé un entretien. Dans la même tendance, les candidats ne se déclarent plus qu’à 55% à l’écoute des opportunités professionnelles, alors qu’ils étaient 69% un an plus tôt. Mais dans l’enquête Hays, ils sont toujours 69% prêts à changer d’emploi

De fait, le marché a constaté moins de démissions en 2021 que l’année précédente. L’étude de Fed Finance a demandé aux cabinets combien ils en avaient enregistré :

  • 34% d’entre eux n’ont comptabilisé que deux départs ou moins (contre 51% en 2020).
  • Mais à l’autre bout du spectre, 28% reconnaissent plus de 11 départs, alors qu’ils n’étaient que 12 % l’année précédente.

Le chiffre de 25% (4 ans) de turn-over est largement partagé par la profession, avec des pointes selon la région, la taille et le type de cabinet. Chez les Big4, il est plus élevé encore, tout particulièrement depuis la crise sanitaire et ses questionnements existentiels.

Autre spécialiste du recrutement, PageGroup continue d’enregistrer des mouvements importants chez les professionnels possédant 2 à 5 ans d’expérience, souvent tentés par les directions financières des entreprises. Il note que la période Covid a accéléré des prises de conscience sur le rôle central de la digitalisation et de l‘automatisation des tâches répétitives. Poussant ainsi les experts-comptables à rechercher toujours plus de profils présentant des compétences ou de l’appétence pour les nouvelles technologies. Mais seront-ils tentés par la vie des cabinets ?

 

En 2022, le salaire reste un élément clé

L’élément salarial entre forcément en ligne de compte dans les choix de celles et ceux qui se déclarent candidats à la mobilité. Même si 44% d’entre eux critiquent aussi des gestions contestables du télétra­vail, une perte de repères vie privée / vie professionnelle, ou des errements du management à distance, autant d’éléments qui ont joué leur rôle dans les envies de mobilité, la chute de leur argumentaire est lapidaire : « et aucune augmentation de salaire » … Dans les circonstances de la rentrée 2022, ce motif va devenir encore plus prégnant.

  • Pour 52% des candidats, le motif le plus fréquent de refus d’une offre d’emploi tient à un décalage avec ses attentes salariales.
  • 32% des dirigeants sont prêts à revoir à la hausse le salaire d’entrée proposé aux candidats, d’après une étude menée par Robert Half en février dernier.

Les salaires ont continué de croître en 2021, mais assez modérément, avec seulement 1% d’augmentation du salaire moyen vs. 2020. Les cabinets ont conservé leur stratégie d’augmentation rapide des collaborateurs en début de carrière, à hauteur de 15 à 40 % sur les 4 premières années. Ce qui fait forcément baisser la moyenne des hausses pour les autres…

 

Salaires moyens constatés mi-2021

Fonction 0-2 ans 2-5 ans 5-15 ans Attractivité
Assistant comptable 24-28 30-35 ++
Collaborateur comptable 30-35 35-50 38-50 +++
Chef de mission 42-45 45-55 50-70 +++
Expert-comptable 50-60 60-70 >70 ++
Assistant juridique 28-32 32-40 40-50 ++
Collaborateur juridique 30-32 32-40 >40 ++
Gestionnaire de paie 30-35 35-45 >45 ++
Collaborateur mixte (EC, paie) 30-35 35-42 >45 +++
Collaborateur mixte (audit, EC) 35-40 40-45 >45 +++

Etude Page, 30/06/2021

Les repères manquent en revanche pour le début de l’année 2022, au moment où l’inflation a vraiment repris, accélérée encore par les conséquences du conflit en Ukraine. Une indication importante toutefois : la valeur de base du salaire dans les cabinets d’expertise-comptable a enregistré une augmentation de 2,9% en avril 2022, un coup de pouce non négligeable, surtout par comparaison avec la lente évolution des années précédentes.

 

Evolution de la valeur de base et de la valeur hiérarchique du point ces dernières années :

2019 2020 2021 2022
Valeur de base 109,64 € 111,56 € 112,68 € 115,95 €
Valeur hiérarchique 67,53 € 68,71 € 69,40 € 71,41 €

Cet indice et son évolution définissent des salaires minimas dans la profession. Bien entendu, ceux-ci sont le plus souvent dépassés dans la réalité, en particulier en région Île-de-France. Il n’est cependant pas interdit de penser que par un effet de référence, cette augmentation de près de 3 % devienne une base pour démarrer les négociations salariales avec les collaborateurs des cabinets.

 

Salaires minima : nouvelle grille au 1er avril 2022

Voici les nouveaux montants des salaires minima entrés en vigueur pour tous les coefficients de la grille au 1er avril 2022, applicables dans les cabinets d’expertise comptable :

Niveau Coefficient Salaire minimum brut annuel (€)
170 Débutant 19 444,26
175 Employé 19 801,31
180 Employé confirmé 20158,36
N5 – Exécution 190 20 872,46
200 Employé principal 21 586,56
210 22 300,66
220 Assistant 23 014,76
240 24 442,96
N4 – Exécution avec délégation 260 Assistant confirmé 25 871,16
280 Assistant principal 27 299,36
330 Cadre 30 869,86
N3 – Conception assistée 385 cadre confirmé 34 797,41
 

N2 – Conception et animation

450 Cadre principal 39 439,06
500 Chef de service 43 009,56
N1 – Direction 600 Cadre de direction 50 150,56

Source : Convention collective nationale des experts-comptables (suite à la conclusion de l’accord n°45 du 3 décembre 2021 et à l’arrêté du 3 mars 2022)

Pas de répercussion directe des hausses de salaires sur les tarifs du cabinet !

La loi encadre les augmentations de tarifs du cabinet d’expert-comptable. A prestation égale réalisée pour son client, et sous réserve qu’il l’ait clairement précisé dans sa lettre de mission, il peut une fois par an seulement, les faire progresser en fonction d’un indice qui ne sera toutefois ni celui des prix calculés par l’Insee, ni celui de la hausse du SMIC horaire. Généralement, le cabinet choisira « l’Indice des prix de production des services français aux entreprises françaises (BtoB) − CPF 69 − Services juridiques et comptables » calculé par l’INSEE. Problème, ce dernier a progressé de moins de 1% sur la dernière année, bien loin de la hausse des prix mesurée à 4,5% par ce même Insee… et des augmentations de salaires demandées par les collaborateurs pour y faire face. 

A lire pour compléter :

 

[1] Oct. 2021


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