[DOSSIER RSE] La RSE, une source d’opportunités pour les experts-comptables

Depuis les premiers rapports de développement durable au début des années 2000, la notion de RSE s’est considérablement enrichie, jusqu’à devenir aujourd’hui incontournable pour toutes les entreprises, PME et TPE comprises. Les cabinets prennent la mesure des enjeux en présence, tant pour leurs clients que pour eux-mêmes. Le point sur une vague de fond qui fait naître de nouvelles opportunités pour la profession comptable.

Il y a quelques années, on pouvait sans doute se demander sur la RSE concernait vraiment les PME, et si les experts-comptables étaient légitimes pour en parler et revendiquer une expertise dans ce domaine. Ces interrogations sont maintenant obsolètes : la RSE est devenue l’affaire de tous, et tout le monde doit faire sa mue.

Forts de ce constat, certains cabinets sont allés jusqu’à créer des départements dédiés en recrutant des collaborateurs experts. Ils ont ainsi pris de l’avance dans un processus inéluctable, celui de la conversion des acteurs économiques à la responsabilité sociale et environnementale, vécue à la fois comme une transformation inexorable sur le plan réglementaire (normes ISO, DPEF, loi Pacte, législations sur la diversité et l’inclusion dans les entreprises, etc.) mais aussi – et d’abord ? – comme un nouveau levier de performance globale.

 

RSE et experts-comptables ont tout pour s’entendre

Comme le rappelle Bernard Gainnier, ex-président de PwC France qui nous a livré sa vision de la RSE, la RSE ne se limite pas aux politiques environnementales et au seul périmètre du développement durable, aussi important soit-il. Son champ d’application s’étend à l’ensemble du prisme social et sociétal des entreprises ; il concerne au premier chef les hommes et les femmes qui y travaillent et en constituent la première richesse.

Parce qu’ils conseillent leurs clients au quotidien, les experts-comptables ont un rôle majeur à jouer dans cette nouvelle donne. Loi Pacte aidant, de nouvelles missions apparaissent, qui leur confèrent une vocation spécifique d’acteurs et de conseils d’un monde durable, un monde dans lequel les KPI vont intégrer de plus en plus de dimensions humaines et de « soutenabilité » économique.

Cette vocation n’est d’ailleurs pas si nouvelle : les « Trophées RSE de la profession comptable » ont été créés il y a déjà deux décennies pour distinguer des entreprises exemplaires dans leur démarche RSE. Ils visaient aussi à affirmer la légitimité des experts-comptables dans ce domaine, et à souligner l’importance d’intégrer la RSE dans l’accompagnement des clients, ainsi qu’au sein des cabinets eux-mêmes.

 

Ce que les cabinets peuvent proposer en matière de RSE

L’expert-comptable peut maintenant jouer un rôle de tiers indépendant en matière de RSE : obtention d’attestations aux éco-organismes, réalisation de bilans carbone, conseil sur les politiques d’économies d’énergie, mais aussi sur la diversité dans l’entreprise, la mixité, la gouvernance…

Parmi les nombreuses actions qui rentrent dans le périmètre d’intervention de la profession, on compte ainsi :

  • La pratique du droit d’alerte,
  • La politique de mobilité,
  • Les achats responsables,
  • Le cycle de vie des produits,
  • Les investissements verts,
  • L’information sur les taxes et la fiscalité environnementale,
  • Entre autres !

L’expert-comptable doit également s’investir dans les nouveaux reportings qui dépassent le cadre comptable et financier classique, telle que la déclaration de performance extra-financière (DPEF). Beaucoup plus complète et « engageante » que le rapport RSE, la DPEF est obligatoire pour les sociétés cotées, ou non cotées au-dessus de certains seuils réglementaires (bilan supérieur à 20 millions d’euros ou chiffre d’affaires de plus de 40 millions, effectif supérieur à 250 salariés …). Mais, même quand elle est facultative, elle revêt un grand intérêt, et de plus en plus d’entreprises vont être concernées par cet exercice de transparence et de questionnement sur leur responsabilité et leurs impacts. Un expert-comptable qui ne serait pas capable d’intervenir sur la DPEF risquerait donc de perdre à terme ses clients ETI.

Sans oublier les PME. Car il n’est pas inconcevable du tout de réaliser une DPEF quand on est une petite structure. Elle permet d’élaborer une feuille de route pour sa croissance, en intégrant des enjeux environnementaux et sociétaux (ex : compensation carbone, égalité des sexes, politiques de formation, etc.). Et de la doter d’indicateurs de suivi des actions engagées.

 

Un sujet particulièrement attractif pour les jeunes générations

Le magazine de la profession SIC rapportait dans son édition de janvier 2021 deux témoignages emblématiques.

David Sallei, jeune expert-comptable Corse, indique avoir suivi une formation RSE pendant son stage d’expertise comptable. « C’était le début de la loi Pacte et j’y ai vu l’opportunité de nouvelles missions pour la profession. Il m’a semblé évident que nous avions le profil en termes de formation et d’éthique pour conseiller les entreprises dans ce domaine et que, si nous ne le faisions pas, d’autres le feraient. » Dont acte.

Quant à Pascal da Costa, expert-comptable à Niort, il a consacré son mémoire à la filière de recyclage des déchets et métaux industriels. Pendant son stage, une mission pour une entreprise confrontée à des problématiques de traçabilité et de pollution des sols et de l’air l’a conduit à se former sur les installations classées, les investissements responsables, les certifications, etc.

« Depuis, je m’intéresse de près à ces questions. Contrairement à d’autres confrères, je n’ai pas voulu engager mon cabinet dans la création d’un département dédié. Cela demandait des moyens importants à déployer sur deux ou trois ans sans assurance de rentabilité. Mais cela ne m’a pas empêché d’oser faire des choses sur ce sujet de la RSE, en proposant mes services à mes clients et en étant actif au sein du Club développement durable et du Comité RSE du Conseil supérieur ».

Ces attentes des générations montantes de stagiaires et de collaborateurs ne sont certainement pas à négliger à un moment où il est particulièrement difficile de recruter.

La RSE, un moteur d’innovation et de performance

Pour les cabinets comme pour toutes les entreprises, la RSE doit être regardée comme un moteur de performance globale et un outil d’innovation et de pilotage du changement, qu’il s’agisse de politique écologique, de dialogue social, de gestion du capital humain, de gouvernance, ou d’interpellation des parties prenantes de l’entreprise.

Comme le rappelle Hervé Gbego, Président du Comité normalisation extra-financière et RSE au Conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables, la RSE représente « une véritable opportunité pour faire le point sur les valeurs de l’entreprise et leur adéquation avec ses actions. »

Décidément, loin de ne constituer qu’une série de nouvelles contraintes, la RSE représente une belle opportunité pour un cabinet en capacité – parce qu’il s’est automatisé – de proposer de nouveaux services, durables, responsables, reposant sur des bases robustes et vérifiées.


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