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Entrepreneurs et dirigeants : la QVT dans les petites entreprises ? Oui, c’est possible !

1 Juil 2019

La Qualité de Vie au Travail, QVT pour les intimes, peut sembler réservée aux grandes entreprises, qui ont les moyens d’adoucir les conditions de travail de leurs collaborateurs à coups de salle de sport et de cantine bio. Heureusement, non ! La QVT pour tous est possible, à commencer par les petites entreprises, et même par les entrepreneurs eux-mêmes. C’est d’ailleurs le vécu de Gurvan Collin, co-fondateur de GPA Initiatives - Gestion et Prévention de l’Absentéisme - qui répond à nos questions.

Les petites entreprises ont plutôt la réputation d’être agréables. Doivent-elles vraiment se lancer dans une démarche de QVT ?

Gurvan Collin : Je rencontre effectivement très souvent des entrepreneurs qui confondent « ambiance cool » et QVT. C’est très réducteur. S’il y a, à l’évidence, une dimension morale à prendre soin de ses collaborateurs, la QVT est aussi un outil de performance pour l’entreprise. D’abord car elle apporte systématiquement une réduction de l’absentéisme. Ensuite, à plus long terme parce qu’elle impacte directement la marque employeur : une bonne QVT aide à recruter les meilleurs profils (ou même à recruter tout court dans certains métiers en tension), et à les garder. Elle apporte enfin une amélioration diffuse mais tangible des performances globales de l’entreprise : boost commercial grâce à la bonne image auprès des clients, efficacité des équipes œuvrant dans un cadre de travail serein, meilleure communication et coopération entre collègues, etc.

 

Mais comment s’y prendre pour déployer une démarche QVT dans une petite entreprise ? Sur quoi faut-il agir ?

Gurvan Collin : Une démarche QVT est par principe « sur mesure », et dépend des secteurs d’activité. Chaque entreprise a par nature sa propre stratégie, et génère des risques psycho-sociaux, des stress, des Troubles MusculoSquelettiques (TMS)… différents, qui provoquent des conséquences variables selon le profil des collaborateurs (âge, situation familiale, mission…), l’écosystème de l’entreprise (concurrence, B2B/B2C…), et l’environnement (urbain, campagne…).

Heureusement, les chefs d’entreprises ont en général déjà pris des mesures intuitives pour réduire les facteurs de stress. Une première étape consiste donc à identifier les mesures de QVT déjà en place, puis à réaliser un état des lieux, idéalement en se faisant accompagner. Pour les petites entreprises, une après-midi suffit pour repérer les points prioritaires et envisager des solutions, qui peuvent concerner tous les domaines du travail : organisation (horaires, vacances, composition des équipes), process, outils de travail (ergonomie), communication (ambiance), santé (sport, nutrition)… Bref, on peut être créatif en QVT.

Pour aller plus loin : Modes et lieux de travail : les solutions adaptées pour une TPE

 

Quel est le coût d’une démarche QVT dans une petite entreprise ? Et quels gains en attendre

Gurvan Collin : Il s’agit en général de changer de petites choses. Et si une dépense importante est nécessaire, par exemple l’acquisition d’un équipement de production permettant d’améliorer l’ergonomie, c’est un investissement. Je considère d’ailleurs que la QVT entière est un investissement sur les ressources humaines, qui donne en général son potentiel dans les 18 mois au maximum. Il est d’ailleurs possible de mesurer un ROI : il n’est ainsi pas rare d’obtenir une division par 3 de l’absentéisme.

 

Chez GPA Initiatives, l’un de nos clients a mesuré un gain de 34 % de son attractivité en recrutement sur des métiers en grande tension. Un autre a vu son taux de cooptation exploser, et donc ses coûts de recrutement baisser drastiquement. Idem pour le turnover qui peut facilement être divisé par deux.

Gurvan Collin

co-fondateur de GPA Initiatives

Enfin, trop peu d’entrepreneurs connaissent l’existence du Fonds pour l’Amélioration des Conditions de Travail (FACT) de l’ANACT [1] , qui permet pourtant de financer certaines actions.

 

Quel conseil pouvez-vous donner aux entrepreneurs et dirigeants d’entreprise voulant se lancer dans une démarche QVT ?

Gurvan Collin : Pensez à vous d’abord ! Cela peut sembler paradoxal mais dans une petite entreprise, le « Chief Happiness Officer [2]», c’est le chef d’entreprise ! Il doit avoir lui-même expérimenté les bienfaits de la QVT sur son propre rôle, pour être convaincu et convaincant. De plus, de nombreuses études ont démontré à quel point l’humeur et le comportement d’un leader impactent le climat dans l’entreprise, et in fineles performances. D’après un article du Harvard Business Review [3], jusqu’à 30 % des résultats financiers d’une entreprise sont déterminés par le climat qui règne au sein de l’équipe. À méditer, non ?

 

5 bonnes pratiques QVT pour les petites entreprises.

1 – Créez des espaces de discussion

Réunissez l’équipe régulièrement (1 fois par trimestre par exemple) pour parler simplement QVT, sans tabous, mais avec un cadre (limites économiques et réglementaires notamment). Vous serez surpris des solutions émergeant naturellement de la discussion.

2 – Installez des douches

Cela suffit pour multiplier par trois le nombre de sportifs à la pause déjeuner. Et le sport ne brûle pas que la graisse, il réduit les taux d’hormones du stress.

3 – Créez des lieux de convivialité

Fini la machine à (mauvais) café payant dans le couloir ! On partage ses breuvages (thé et chocolat aussi) dans un endroit accueillant et cosy, favorisant les échanges informels pour créer du lien.

4 – Établissez une charte des relations humaines

Très utile dans les entreprises en forte croissance, dans lesquelles la culture et les valeurs de l’entreprise n’ont pas encore eu le temps de se forger. La charte sera idéalement co-conçue par des volontaires, et en l’absence du fondateur (qui pourra bien sûr intervenir à la fin).

5 – Misez sur le BSP !

Le Bon Sens Paysan : intelligence du sens pratique, éloge de la simplicité, anti chi-chi… Bref, on fait au maximum avec ce qu’on a, au profit direct des personnes concernées, et avec bienveillance. Des exemples réels ?

  • Assouplir les horaires des aidants familiaux (17 % des salariés de plus de 50 ans) pour leur permettre d’assister leurs parents âgés.
  • Autoriser le don de RTT entre collègues pour libérer du temps auprès d’un proche malade.
  • Favoriser le co-voiturage entre collègues (horaires, même équipe…).
  • Proposer des formations à la nutrition aux collaborateurs travaillant en horaires décalés.
  • Mutualiser des actions QVT avec des entreprises voisines : accès salles de sport, coaching, sorties…

 

[1]Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail.

[2]Littéralement « Responsable du Bonheur » : concept créé par Chade-Meng Tan, ingénieur américain.

[3]Leadership That Gets Results (le leadership qui obtient des résultats) de Daniel Goleman, HBR – 2000.

 

Solution

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