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Quelles armes pour lutter contre la fraude documentaire ?

21 Fév 2019

Entreprises et particuliers sont confrontés à une recrudescence inquiétante de la fraude documentaire. Usurpation d'identité, fausses pièces comptables, fabrication de documents contrefaits (relevés bancaires, feuilles de paie, factures, Kbis, etc.) à partir d'informations véritables… : il est aujourd'hui indispensable de prendre la mesure de ces falsifications multiformes aux conséquences parfois dévastatrices. Et d'apprendre à s'en protéger. Etat des lieux et recommandations.

La fraude documentaire peut être utilisée pour signer un bail locatif, ouvrir un compte bancaire ou obtenir un prêt, mais aussi pour détourner de l’argent, manipuler un cours de Bourse, blanchir des capitaux, voire alimenter les filières mafieuses ou financer des activités terroristes. Elle constitue une menace protéiforme, qui concerne tous les acteurs économiques – et presque tous les services d’une entreprise.

Usurper l’identité d’un tiers, forger de faux documents d’entreprise ou utiliser des pièces authentiques à des fins frauduleuses se révèle pourtant trop souvent un jeu d’enfant. Mais la désinvolture n’est pas de mise ! Sans verser dans la paranoïa, mieux vaut garder les yeux ouverts sur l’étendue de ces pratiques. Et apprendre à s’en prémunir.
 

Un phénomène inquiétant

Les premiers concernés sont… les particuliers. Selon une enquête réalisée par Toluna pour Affinion, 34% des Français déclarent avoir été victimes d’une usurpation d’identité. Pas moins de 10.000 fausses pièces d’identité seraient confisquées chaque année par les services de l’Etat !
La Délégation nationale à la lutte contre la fraude (DNLF) estime que le taux de fraude sur les cartes nationales d’identité et les passeports varie entre 3 et 6 %. Le coût direct, évalué entre un et deux millions d’euros, n’est rien face  » aux coûts engendrés par l’utilisation des titres frauduleux au détriment des administrations fiscales ou sociales notamment, mais aussi des particuliers « , précise la DLNF.

Plus globalement, l’association Reso-Club, qui vise à fédérer l’ensemble des acteurs économiques confrontés à ce type de criminalité, évalue le préjudice total de la fraude documentaire en France à 20 milliards d’euros… dont 17 milliards au détriment de l’assurance chômage – et donc de ses cotisants et ayant-droits.
 

Les entreprises, une cible privilégiée

La fraude documentaire touche de plein fouet les entreprises. Deux types de pratiques sont à craindre : la falsification de documents authentiques avec ajouts ou modifications d’informations, ou la création de faux servant de justificatifs à une démarche ou une affaire.

A la clé, un préjudice financier et un risque sur la trésorerie, mais aussi l’image et la réputation de l’entreprise (par exemple suite à la présentation de fausses feuilles de paie). C’est pour cette dernière raison que les organisations victimes de ces pratiques préfèrent souvent faire profil bas et parler de simples « contentieux » plutôt que d’avouer des failles dans leurs systèmes d’information et de gestion documentaire. Mais le silence ne règle rien, bien au contraire.
 

Prévenir plutôt que guérir

L’importance des actions de prévention n’est pas à démontrer. Elles constituent la première arme de la lutte contre la fraude documentaire, et peut-être même le nerf de cette guerre.

Premier réflexe : vérifier les informations disponibles sur internet. Bien souvent, les empreintes numériques laissées par l’entreprise et ses parties prenantes permettent de forger des faux parfaitement vraisemblables. Et peuvent conduire à une véritable ingénierie sociale qui va ouvrir la porte à diverses escroqueries : fraudes au président, mais aussi manipulations de cours de bourse suite à de faux communiqués de presse créés à partir d’informations véridiques.

La prévention va aussi consister à rappeler à l’ensemble des collaborateurs de ne pas se départir d’une utilisation prudente des réseaux sociaux – privés comme professionnels – et d’éviter de divulguer des informations, même si elles leur paraissent basiques, quand elles concernent le fonctionnement de l’entreprise.

Par ailleurs, il est indispensable de se doter de procédures de vérification et de signature multiples pour les paiements internationaux. En particulier pendant les périodes de congés, qui nécessitent une vigilance accrue.

Et bien entendu, une mise à niveau du système de sécurité informatique est un prérequis élémentaire.
 

Contrôler l’identité de ses clients et fournisseurs

Les acteurs de la lutte contre la fraude documentaire mettent en avant l’importance des processus de vérification « KYC » (Know Your Customer). Ces processus permettent de vérifier l’identité des clients et des prestataires d’une entreprise via la production et le contrôle de documents tels qu’un extrait de KBIS récent, une copie de RIB, les statuts de la société certifiés conformes, un justificatif d’identité du gérant de la société, etc.
 

Les nouveaux boucliers techniques

Du côté de l’État, des techniques de contrôle ont été mises en place pour s’assurer de l’identité des particuliers et des entreprises avec lesquelles traitent ses services. Par exemple, un code à barres « 2D-Doc » a été généralisé pour sécuriser les données échangées sous forme papier entre l’administration et les usagers.

« Le standard à codes-barres bidimensionnel 2D-Doc consiste à insérer un code à barres 2D emportant les informations clés du document (le type de document, le nom et le prénom de l’émetteur, la civilité, l’adresse, le numéro de facture), la date d’émission du document ou du code à barres 2D ; et ces informations sont verrouillées par une signature électronique du hash de ces données, qui garantit l’identification de l’organisme émetteur et l’intégrité du document », explique l’Agence Nationale des Titres Sécurisés (ANTS).

 

Le combat des intelligences

Le big data sera de plus en plus sollicité dans ce combat contre la fraude documentaire, car il permet d’affiner la modélisation des comportements anormaux, et de réduire considérablement la durée de traitement des opérations de détection et de contrôle.

Intelligence artificielle et machine learning ont vocation à renforcer les technologies existantes. Face à l’intelligence naturelle – et redoutable – des fraudeurs, la prudence et la clairvoyance humaine pourront être très utilement secondées par ces nouvelles armes technologiques de détection massive.

Pour aller plus loin :

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