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L’avenir de la profession comptable vu par les mémorialistes

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Expertise Comptable

01 février 2024

La moitié des experts-comptables sont aujourd’hui âgés de plus de 50 ans , et seulement 20 % ont moins de 40 ans . Les stagiaires et les mémorialistes constituent la relève. Comment voient-ils leur métier, leurs missions, et la transformation de leurs compétences ? L’opinion de 4 mémorialistes.

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Avenir profession comptable

Quatre jeunes experts-comptables mémorialistes, membres de l’Anecs (Association Nationale des Experts-comptables et des Commissaires aux comptes Stagiaires) , ont accepté de nous confier leur vision : Laure Bertho, 25 ans, Présidente de l’Anecs Pays de la Loire, Matthieu Dintras, 25 ans, Président de l’Anecs, Thomas Le Roux, 31 ans, membre du Bureau National, et Tanguy Drouin, 25 ans, Président de l’Anecs Limousin.

Expert-comptable, un métier toujours attractif

L’expertise-comptable fait-elle toujours rêver ?

Le métier dans cinq ans n’aura plus grand-chose à voir avec le métier d’il y a cinq ans. Notamment avec la disparition de la saisie, qui n’apporte guère de valeur ajoutée et donne encore une mauvaise image du métier, et la généralisation de la facturation électronique, qui va transformer en profondeur le métier 

Matthieu Dintras

Président de l’Anecs

L’attractivité du métier ne peut se concevoir que si les tâches les plus chronophages ou rébarbatives sont automatisées.

C’est un métier qui recrute. Mais si l’on se contente de faire de la saisie et des bilans, il y a effectivement peu d’avenir

Laure Bertho

Présidente de l’Anecs Pays de la Loire

L’attractivité de la profession repose également sur les opportunités de devenir chef d’entreprise. « Si j’ai fait huit ans d’études, c’est pour devenir chef d’entreprise ! », confirme Tanguy Drouin, qui travaille aujourd’hui dans un cabinet d’une trentaine de collaborateurs. Tout comme Laure Bertho, qui envisage de poser sa plaque une fois diplômée.

La valeur de l’expert-comptable est dans la proximité et le conseil

Le métier d’expert-comptable crée de la valeur : ce point fait l’unanimité. D’abord, parce c’est un métier de proximité. « Aujourd’hui, l’expert-comptable est relativement bien perçu comme proche du terrain», estime Thomas Le Roux. Pour Matthieu Dintras, « l’expert-comptable est l’interlocuteur privilégié du dirigeant, qui est souvent seul. » Ensuite, parce que les missions évoluent vers le conseil. « La valeur ajoutée de l’expert-comptable, c’est le conseil et l’accompagnement», résume Laure Bertho. Cet aspect devrait rapidement se développer. « Aujourd’hui, 93 % de notre activité ne relève pas du conseil, qui ne pèse que 7 %. Demain, ce sera l’inverse », prévoit Matthieu Dintras.

Encore faut-il pouvoir faire évoluer le modèle économique des cabinets d’expertise-comptable. « Aujourd’hui, 73 % de nos missions de conseil ne sont pas facturées à part entière. On pourrait par exemple développer le conseil sur les retraites, la transmission d’entreprise, la stratégie ou l’optimisation des processus », ajoute le Président de l’Anecs. Problème, tempère Tanguy Drouin, « la rentabilité des cabinets tend à diminuer, d’autant que ceux-çi ne facturent pas les prestations de conseil. »

Lire aussi : Comment préparer son cabinet comptable à vendre du conseil

Le numérique, pivot du métier d’expert-comptable de demain

Le numérique et l’intelligence artificielle constituent des accélérateurs pour la transformation des cabinets d’expertise-comptable. Les plus jeunes générations présentent évidemment une appétence particulière pour le numérique. « La transformation digitale ne m’inquiète pas, nous sommes favorables au changement et nous avons l’habitude d’apprendre. Nous sommes nés avec le numérique », souligne Matthieu Dintras.

Les technologies sont perçues comme des leviers privilégiés, notamment pour automatiser.

Depuis le milieu des années 2010, la révolution numérique a transformé le métier, on a enfin délaissé les classeurs papier et automatisé la production des liasses fiscales, cela a contribué à gommer l’image de rigidité longtemps associée au métier d’expert-comptable. 

Thomas Le Roux

Membre du Bureau National

La diversité des solutions logicielles facilite ce mouvement d’automatisation. Jusqu’au trop plein ? « On peut avoir le sentiment d’être noyé sous les offres », résume Matthieu Dintras, qui tient à rappeler que plus de moitié des exposants au Congrès des experts-comptables sont des éditeurs de logiciels.

Sans informatique, on ne peut rien faire, mais si je devais ouvrir mon cabinet aujourd’hui je serais perdue. C’est difficile de choisir, et on ne peut pas tester toutes les solutions pour savoir laquelle répond le mieux à nos besoins concrets.

Laure Bertho

Présidente de l’Anecs Pays de la Loire

Tanguy Drouin avoue pour sa part être « fan de Cegid Loop pour son côté collaboratif.

L’IA, une révolution bénéfique pour les experts-comptables

Quant à l’intelligence artificielle, elle est perçue par les experts-comptables mémorialistes comme une révolution bénéfique. Matthieu Dintras pense que l’IA permet de mieux synthétiser les informations et de proposer des pistes de solution « à condition qu’elle soit transparente et facile à auditer. »

A terme, l’IA va créer deux catégories d’experts-comptables : Ceux qui la maîtrisent et ceux qui ne la maîtrisent pas. Les premiers mangeront les seconds.

Matthieu Dintras

Président de l’Anecs

Pour les jeunes experts-comptables, l’IA « permettra de disposer davantage de temps pour conduire des missions à valeur ajoutée», estime Laure Bertho. Pour Thomas Le Roux, « avec l’IA, nous allons passer du cabinet 2.0 au cabinet augmenté,à condition de ne jamais oublier la relation humaine. » Grâce, en particulier, à la valorisation des données. « Elles sont l’or noir de notre profession, même si les cabinets ne savent pas toujours comment en tirer profit », constate Matthieu Dintras, qui consacre son mémoire à l’élaboration à partir de Microsoft Power BI d’une application pour valoriser les données des cabinets.

La cybersécurité pour protéger les données comptables

Revers de la médaille : si la technologie change radicalement les missions et les manières de travailler des experts-comptables, elle peut aussi fragiliser les cabinets.

Nous avons déjà eu des clients qui ont été victimes de phishing et de ransomwares. Peu de cabinets ont échappé à ce type de problème. La question n’est pas de savoir si les entreprises vont être attaquées, mais quand !

Tanguy Drouin

Président de l’Anecs Limousin

Lire aussi : L’expert-comptable et ses clients face aux menaces de la cybercriminalité

L’actualité confirme, hélas, l’importance de cette problématique, avec la cyberattaque, fin 2023, de l’hébergeur Coaxis, qui gère les données de nombreux cabinets d’expertise comptable. Résultat : les données ne sont plus accessibles et les experts-comptables ne peuvent plus travailler. Les responsables de Coaxis ont d’ailleurs communiqué sur les « répercussions en cascade pour un grand nombre de cabinets. » Pour Matthieu Dintras, « la cybersécurité reste un vrai enjeu ; il faut auditer le système d’information du cabinet et sensibiliser tous les collaborateurs. »

Une permanente quête de sens

Outre la prise en compte de la cybersécurité, les futurs experts-comptables sont très sensibles aux conditions de travail et au sens de leurs missions. « La formation des collaborateurs reste le parent pauvre dans beaucoup de cabinets d’expertise-comptable, les compétences de notre métier ne sont pas suffisamment valorisées », déplore Tanguy Drouin.

Pour sa part, Thomas Le Roux rappelle que « pendant des années, les experts-comptables ont été très bons pour conseiller les clients, mais un peu moins bons en tant que chef d’entreprise de leur propre cabinet. Il faut remettre au centre l’intérêt des collaborateurs. Ils constituent la colonne vertébrale. »

Quand les collaborateurs partent, c’est souvent davantage pour des questions d’ambiance, de conditions de travail et d’environnement, que de rémunération. La valeur Travail est toujours d’actualité, mais la nouvelle génération souhaite mettre le Sens au cœur des priorités. C’est dommage que certains cabinets rebutent leurs collaborateurs avec des charges de travail trop lourdes.

Thomas Le Roux

Membre du Bureau National

Merci à tous les mémorialistes cités. Nous avons maintenant hâte de lire les résultats de leurs recherches !

Lire aussi : Ouvrir son cabinet aujourd’hui, est-ce bien raisonnable ?

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