Experts-comptables : to be or not to be data scientist ?

Nous sommes entrés dans l’ère de la data, qui en doute encore ? La profession est au cœur de flux de données - bilans, comptes de résultat, FEC, DSN, etc. – et son avenir dépend en partie de sa capacité à les valoriser. Soit. Mais comment se positionner dans cet environnement quand on n’est pas un expert ès data, doté d’une culture scientifique et informatique de la donnée ? Faut-il se former ? Recruter ? Sous-traiter ? Ne rien changer ?

Experts-comptables : to be or not to be data scientist ?

Nous sommes tous conscients que la maîtrise des données est une compétence stratégique. L’idéal serait que tous les cabinets s’entourent de spécialistes des nouveaux métiers de la donnée : data scientist, data steward, ingénieur dataops, etc. Problème : ces sachants sont très recherchés, les entreprises se les arrachent … et la rareté des profils fait exploser les exigences salariales.

Selon une récente étude de Kantar et de l’ESSEC [1], 70 % des grands groupes rencontrent des difficultés à recruter ces oiseaux rares. Dans des entreprises aux budgets et aux moyens RH contraints, cela devient un casse-tête. Auquel n’échappent évidemment pas les cabinets d’expertise-comptable.

Alors comment faire pour épouser au mieux la montée en puissance de l’économie de la data, transformer des chiffres en insights, créer de la valeur avec des données pertinentes et fiables, ou encore intégrer dans ses missions de conseil une dimension comparative (benchmarks) et prospective ?

Une profession toujours plus « data centric »

« La profession a pris conscience de l’importance de la transition digitale et de l’arrivée de l’IA », affirmait à l’automne 2020 Cyril Degrillart, expert-comptable et chef de projet du Lab50 [2] à l’occasion d’un grand débat sur l’Odyssée de la data lors des Universités d’été de la CRCC de Paris.

Un constat largement partagé dans les rangs d’une profession dont la légitimité digitale est indéniable – même si les professionnels du chiffre ne sont évidemment pas des techniciens de la donnée issus d’écoles d’informatique et sachant par exemple coder, programmer, etc. … « Il est impératif qu’ils soient bien formés s’ils veulent devenir des prescripteurs de solutions, par exemple en matière de systèmes d’information, d’outils de paiement en ligne, d’archivage électronique, etc. »

Se former ? Un réflexe naturel et une ardente obligation. Acquérir une curiosité pour la technologie fait partie de l’ADN historique et des impératifs contemporains de la profession. Elle peut être à la pointe des « humanités numériques », tant elle est à la jonction de l’expertise technique et de la dimension humaine.

Des spécialistes … pas donnés

Data visualisation, data thinking, analyse prédictive, CRM « data driven », déploiement de chatbots (également appelés « agents conversationnels ») dans la relation clients, montée en puissance des données en direct (« live data ») en lieu et place des données historiques, recours accru à des technologies de « machine learning », etc. : toutes ces avancées changent la donne et placent plus que jamais l’expert-comptable au centre du jeu. A condition de savoir (et de pouvoir) s’entourer d’expertises pointues – et donc coûteuses mais indispensables pour optimiser la chaîne de valeur.

Pour Françoise le Pavec, expert-comptable et spécialiste de l’application Power BI, l’optimisation de l’utilisation de la donnée passe par le recrutement de spécialistes – data analysts et autres consultants « data fi », informaticiens, statisticiens …

 La donnée comptable et financière est complexe. Connecter les tableaux de bord sur la data, gérer les nouveaux outils qui intègrent de l’intelligence artificielle, passer du descriptif à l’analyse prédictive et à des prédictions poussées ne va pas de soi. Il faut se former mais aussi faire appel à des compétences spécifiques. 

Françoise le Pavec

Experte-comptable et spécialiste de l’application Power BI

Si des recrutements de spécialistes sont hors de la portée des plus petits cabinets, ces derniers peuvent en revanche faire appel à des prestataires extérieurs. Une solution naturellement plus souple et (beaucoup) moins onéreuse, mais aussi pertinente, étant donné l’importance cruciale de la data et de la fonction Systèmes d’Information dans les cabinets.

Une initiative bienvenue pour se former et tirer le meilleur profit de l’ère de la data

« Avec l’essor du machine learning et de l’intelligence artificielle, l’expert-comptable doit s’approprier l’usage de la Data pour conserver son rôle de conseil privilégié du chef d’entreprise. Et c’est en développant les compétences et les modes de réflexion liés au champ de la Data que la profession peut réussir sa mutation », expliquait à l’automne 2020 l’Ordre des experts-comptables de la Région PACA en nouant un partenariat avec Le Wagon (école de formation dans le domaine du développement web et de la data science) pour « mettre la data au service de l’expertise comptable » via des conférences thématiques et des formations en analyse de données et en data science.

Une initiative étendue depuis juin 2021 à toute la France par le Conseil Supérieur de l’Ordre, avec l’ambition de mettre la data science au service de tous les experts-comptables.

« En 5 jours de formation, les participants pourront s’acculturer aux enjeux de la data, imaginer des cas d’usage concrets et approfondir les enjeux en pratiquant », annonce le CSOEC. Lequel précise que les formations proposées sont tournées vers l’action et permettront « de s’acculturer aux enjeux de la data, d’imaginer des cas d’usage concrets et de découvrir et approfondir les enjeux en pratiquant ».

A la clé, une compréhension et une maîtrise des outils et de problématiques aussi variées que la visualisation de données, les tableaux de bords interactifs, le langage SQL, le langage Python, la consolidation des données de flux multiples ou encore les projets de machine learning. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la data sans jamais oser le demander … et sans en passer par des recrutements souvent hors de portée. A vous de jouer !

[1] Le futur des métiers de la data vu par les grands groupes français (kantar.com)

[2] Créé à l’initiative de la CRCC et du CROEC de Paris Ile de France, le Lab50 réunit l’ensemble des professionnels du chiffre et vise à étudier, analyser et identifier le potentiel considérable de l’IA pour la profession.


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