Experts-Comptables

Mission DAF externalisé : l’expert-comptable business partner

18 Nov 2019

DAF externalisé, une bonne idée pour les TPE

 Rares sont les petites entreprises à disposer d’un DAF. Leur réflexion financière est le plus souvent circonscrite à un événement particulier : la naissance de l’activité, un investissement de production, une opportunité de croissance externe, voire tout simplement… un impayé. La gestion est avant tout orientée sur l’exploitation au quotidien. Elle est largement assurée par le dirigeant – ou son conjoint, parfois pendant le week-end. Pour beaucoup de ces chefs d’entreprise, la compta ne constitue pas une activité productive… et ils comptent sur leur expert-comptable pour les en décharger.

Est-ce à dire que les TPE n’auraient pas besoin des compétences d’un DAF ? A l’évidence, c’est l’inverse. Oui, le dirigeant doit s’investir là où il est le meilleur : sa compétence métier, son savoir-faire commercial, ses relations, son antériorité… Mais l’avenir de sa société commence aujourd’hui ! Un DAF lui serait bien utile pour l’aider à organiser l’entreprise et prendre les bonnes décisions financières, à commencer par trois domaines : la rentabilité, la trésorerie, et la fiscalité.

Rentabilité : un DAF pourrait mettre en place et suivre un budget mensualisé comprenant, certes, le chiffre d’affaires, mais aussi les coûts de fonctionnement et la masse salariale. Une estimation régulière de l’atterrissage prévisible à la fin de l’exercice permettrait au chef d’entreprise de prévoir sa capacité de distribution de dividendes ou d’investissement dans son outil de production. Enfin des tableaux de bord lui permettraient de suivre la rentabilité des services – ou des produits, des clients, des affaires – autrement dire de savoir précisément là où il gagne de l’argent… et là où il travaille « pour la gloire ».

Trésorerie : Alors qu’elle est souvent considérée comme un signal d’alarme – quand le compte courant est bas, c’est qu’il y a un problème – la trésorerie constitue bien le nerf de la guerre, TPE ou pas ! Elle doit pouvoir financer le développement commercial, compléter la force de travail (recruter), investir dans de nouveaux outils… Un DAF serait bienvenu pour dire quelles actions mener pour améliorer le BFR et assurer un niveau de trésorerie suffisant, mais aussi pour procéder au recouvrement en temps et en heure – tant en la matière le temps joue contre le créancier.

Fiscalité : Un directeur financier constitue un guide précieux dans la bonne utilisation des options fiscales et sociales à disposition des entreprises dans leurs différentes opérations de gestion. Sans oublier celles de leurs dirigeants, qu’ils soient salariés ou non. Ces conseils sont aujourd’hui dispensés par les experts-comptables aux TPE à titre accessoire – et bien souvent gracieusement. Ou encore, ils sont confiés à des consultants, alors qu’ils pourraient donner lieu à une rémunération dans le cadre d’une mission de DAF externalisé.

Avec la loi PACTE, l’expert-comptable peut devenir le DAF de l’entreprise

« Les TPE-PME sont en attente de services financiers de haut niveau, sans avoir forcément le budget pour engager à temps plein un professionnel qualifié », résume Hervé Gbego, vice-président de l’Ordre des experts-comptables de Paris Île-de-France et Président du Club DAF externalisé. La direction financière externalisée pour le compte de ces entreprises constitue donc une réelle opportunité de missions pour les cabinets comptables.

Lire aussi : Loi Pacte : les mesures favorables aux experts-comptables

Une opportunité bien légitime ! L’expert-comptable a la confiance du chef d’entreprise. Il connait les réalités économiques de l’activité – souvent avec un historique. Il peut les comparer avec un référentiel – et le pourra mieux encore demain via les outils du Big Data. Enfin, la loi Pacte vient clarifier cette option – notamment en donnant désormais la possibilité aux cabinets de réaliser, sans autre mission, des travaux d’ordre financier. Entre autres, l’expert-comptable pourra par exemple procéder pour le compte de son client au recouvrement amiable de créances[1].

Cultiver son savoir-faire… et surtout son faire-savoir

 Encore faut-il que les entreprises soient au courant… « On ne sait pas forcément que son expert-comptable est capable d’adresser un tel besoin », a rappelé Charles-René Tandé lors du 74ème congrès ; pour lui, seul 1 client sur 5 en aurait conscience ! Il y a donc nécessité de faire connaître son savoir-faire.

L’Ordre des experts-comptables de Paris s’est inscrit dans cette perspective et propose désormais une formation certifiante (assurée par l’ASFOREF et HEC Paris)

afin d’acquérir les compétences nécessaires pour assurer la mission de directeur financier externalisé, mais aussi pour faire reconnaître et vendre cette compétence. « Nous sommes souvent sollicités pour tout ce qui est levée de fonds, évaluation

[1] NB : ces travaux ne doivent rester qu’accessoires, au sens où les experts-comptables ne peuvent pas en faire l’objet principal de leur activité. Les conditions précises doivent être précisées par la publication des textes réglementaires (décrets et arrêtés), au plus tard d’ici la fin de l’année, a indiqué la directrice juridique de l’Ordre lors du 74ème congrès d’octobre dernier.

d’entreprise, accompagnement au financement. Tous ces sujets aujourd’hui, nous les connaissons. Nous sommes formés techniquement pour accompagner nos clients sur ces aspects » a ainsi déclaré Hervé Gbego[1], avant de poursuivre :

« Mais ce qui nous manque sur cette mission, c’est peut-être d’avoir la posture du directeur financier, c’est-à-dire comment présenter ce service à forte valeur ajoutée à nos clients ; cet aspect de soft skills est quelque chose qui nous manque véritablement »

On ne saurait mieux dire.

Devenir un business partner

Donner du sens aux chiffres est souvent la définition donnée du rôle du DAF. Un rôle qui se traduit de manière tangible :

  • L’établissement d’un diagnostic financier,
  • La construction d’une stratégie d’investissement,
  • La trésorerie prévisionnelle et son suivi,
  • La mise en place d’un contrôle de gestion approprié,
  • L’accompagnement des levées de fonds sous toutes leurs formes et le conseil en choix des partenaires,
  • La gestion des attentes des actionnaires – tout aussi importante dans le cas d’un actionnariat familial,
  • Le coaching financier des start-ups…

Le rôle de ce DAF externalisé peut aller jusqu’à participer à l’analyse stratégique de l’entreprise et de ses transformations à venir. Ainsi, les réflexions sur le sens ou la mission de la société, ses valeurs, son management, s’y intégreront de manière naturelle. Loin de sa statue de Commandeur des chiffres, l’expert-comptable-DAF délégué peut ainsi devenir un acteur du changement.

Organisation et limites

 Pour être DAF externalisé, l’expert-comptable n’en demeure pas moins un véritable expert-comptable. Ce qui signifie qu’une telle mission comporte des limites déontologiques. Conseiller ne signifie pas se substituer à l’entreprise – les maniements de fonds restent par exemple strictement encadrés par la loi PACTE.

Hervé Gbego recommande « de trouver une organisation spécifique pour que l’un des experts-comptables se positionne spécifiquement sur ces missions de directeur financier externalisé ». Une option qui peut donner l’occasion de discussions passionnantes entre associés !

[1] Le Monde du Chiffre, Mars 2019

Voir le témoignage du cabinet Biais Sauvêtres et Associés

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