L’expert-comptable est-il un chef d’entreprise comme les autres ?

L’expert-comptable est souvent qualifié de premier conseil, voire de copilote de ses clients. Mais est-il lui-même un dirigeant d’entreprise, semblable à ceux qu’il conseille et accompagne au quotidien ? Des points communs… et des différences sensibles.

L’ancien président du Conseil National de l’Ordre des Experts-Comptables Lionel Canesi aime à le rappeler : l’expert-comptable n’est pas juste un (excellent) technicien, un fin connaisseur du monde de l’entreprise et du tissu économique, c’est aussi un chef d’entreprise.

Le rôle de l’expert-comptable est d’accompagner son client dans la stratégie. C’est un économiste du quotidien mais en même temps un chef d’entreprise au service d’autres dirigeants, qui sont souvent seuls. L’expert-comptable est le pilier sur lequel le chef d’entreprise peut s’appuyer.

Lionel Canesi

Président du Conseil National de l’Ordre des Experts-Comptables dans « Décideurs Magazine » en février 2022.

Un conseil, un stratège, un allié naturel et incontournable du dirigeant, mais aussi un chef d’entreprise : tel est l’expert-comptable, « à part entière » mais également un peu « à part ». Pour plusieurs raisons.

 

Des dénominateurs communs aux experts-comptables et aux dirigeants

La quasi-totalité des membres de la profession qui gèrent leur propre cabinet – en tant que fondateurs ou associés – se définissent comme des dirigeants d’une entreprise au service d’autres entreprises.

« Je suis chef d’entreprise avant tout », professe ainsi Nathalie Dagoreau, créatrice du cabinet Avenir Experts, qui compte à Meudon (Hauts-de-Seine) 6 collaborateurs, et un portefeuille très diversifié de près de 150 clients – de la TPE traditionnelle à la start-up, en passant par des cabinets d’avocats ou des filiales de grands groupes. « Mais les experts-comptables ne sont pas des chefs d’entreprise comme les autres », s’empresse-t-elle d’ajouter.

Sans doute, pourtant les cabinets d’expertise comptable sont des entreprises confrontées aux mêmes difficultés, aux mêmes défis, aux mêmes soucis que les autres. Toute la panoplie des responsabilités du dirigeant leur incombe… à commencer par l’obligation de rentabilité !

Liste des responsabilités des experts-comptables communes aux chefs d’entreprises :

Décidément, l’expert-comptable n’est pas un « chef de cabinet »… mais un vrai dirigeant d’entreprise, avec l’agenda qui va avec ! Il reste pourtant une forme de singularité dans cette profession située au point de rencontre de toutes les logiques et problématiques d’entreprise.

Les singularités constitutives du métier d’expert-comptable demeurent bien vivantes

L’expert-comptable à la barre d’un cabinet est donc un chef d’entreprise qui doit faire tourner une structure. Mais il a aussi pour mission d’en conseiller d’autres, et de les aider à développer et à sécuriser leur affaire.

Dans la plupart des cas, un chef d’entreprise s’occupe avant tout de son exploitation. Or, ce n’est pas le cas de l’expert-comptable. Il a par nature un rôle d’accompagnateur, de facilitateur, de simplificateur auprès du dirigeant. Et ce, dans toutes les composantes de son exploitation, et à tous les stades de la vie de l’entreprise.

L’expert-comptable est donc un chef d’entreprise qui s’occupe des autres chefs d’entreprise… Il connaît (presque) tout d’eux, parfois jusqu’à leur vie privée. Mais lui se trouve lié par des règles impératives auxquelles la plupart des dirigeants ne sont, eux, pas soumis. Il exerce une profession réglementée et est tenu par une déontologie stricte. « Nous prêtons serment, souligne Nathalie Dagoreau. Par ce serment, nous jurons de respecter et de faire respecter les lois, ce qui nous confère une responsabilité juridique et éthique toute particulière ».

Le secret professionnel fait aussi de l’expert-comptable un chef d’entreprise pas comme les autres. Le secret s’applique certes aussi aux avocats, par exemple. Mais ces derniers n’ont absolument pas la même connaissance de l’entreprise, la même vision globale et générale qui fait aussi la valeur ajoutée de l’expert-comptable.

Il joue aussi un rôle de relais vis-à-vis des pouvoirs publics – ce qui n’est évidemment pas le cas de la plupart des chefs d’entreprise. Sans oublier que les collaborateurs de cabinet doivent signer des déclarations d’indépendance, ce qui n’est pas très courant non plus dans les entreprises « classiques ».

 

L’expert-comptable, un chef d’entreprise « augmenté »

C’est cette combinaison entre l’esprit d’entreprise et l’obligation de l’exprimer dans un cadre juridiquement déterminé, entre la gestion de son propre business et la quête assidue de la profitabilité de ses clients, qui fait la singularité de la profession, située au point de rencontre entre une dimension entrepreneuriale prononcée et un encadrement statutaire très balisé (périmètre d’exercice, normes professionnelles, etc.).

« En même temps, estime Nathalie Dagoreau, étant donné que nous sommes nous-mêmes des chefs d’entreprise, nous avons une légitimité accrue face à nos clients. Parce que nous sommes comme eux, dans le concret de la vie d’une entreprise »

« Augmenté », l’expert-comptable l’est également dans la mesure où il s’appuie sur l’expérience des chefs d’entreprise qu’il accompagne pour parfaire sa propre expérience, s’inspirer des bonnes pratiques, développer son business en aidant ses clients à créer de la valeur.

Contrairement à la plupart de ces derniers il est autonome dans de larges pans de la vie de son exploitation, par exemple la paie, le juridique, la fiscalité… Mais force est de reconnaître qu’en matière de marketing ou de management, par exemple, le niveau d’expertise est très inégal d’un expert-comptable à l’autre. Et nul n’est auto-suffisant pour mener à bien le chantier de la transformation numérique. Les cabinets ont besoin d’outils performants, de services sur-mesure, d’experts informatiques.

Cyril Degrilart, confrère francilien et chef de projet du Lab 50 (l’Observatoire de l’avenir de la profession), se définit d’abord comme « un entrepreneur ». Il martèle qu’il est impératif que les experts-comptables soient bien formés s’ils veulent devenir des prescripteurs de solutions, par exemple en matière de systèmes d’information, d’outils de paiement en ligne, d’archivage électronique. « A chacun, en fonction de ses envies et capacités, de creuser tel ou tel domaine. Moi par exemple, j’ai suivi une formation en e-commerce »

L’avenir appartient à l’expert-comptable chef d’entreprise augmenté, expérimenté, bien formé et bien équipé !

 


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