[Dossier IA] A la recherche de l’expert-comptable augmenté

19 Juin 2019

« Chronique d’une mort annoncée » pour la profession comptable ? Les progrès de l’intelligence artificielle vont-ils entraîner à court terme la disparition de milliers d’emplois dans les cabinets ? L’expert-comptable lui-même n’est-il pas voué à être disrupté ? Non ! L’IA est au service des professions du chiffre : elle peut augmenter la valeur de l’expert-comptable, en le recentrant sur les tâches à forte valeur ajoutée et en l’aidant à repenser son rôle et sa relation client.

La profession comptable figure parmi les plus exposées à l’automatisation des tâches. Nombre d’études illustrent l’ampleur du phénomène, non sans accents souvent catastrophistes et conclusions parfois hâtives.Un rapport du BCG réalisé en 2017 prévoyait que 40 % des emplois de service pourraient disparaître d’ici 5 ans (soit environ 50.000 emplois dans la profession comptable) en raison de l’automatisation radicale des modes de production. D’autres enquêtes vont dans le même sens, même si les prévisions sont devenues plus tempérées. Ainsi, fin 2017, une étude du cabinet McKinsey prévoyait un taux de remplacement de 14 % des emplois au niveau mondial du fait de l’IA, et un rapport de PwC publié à l’été 2018 assure qu’à l’horizon 2030 l’IA aura créé autant d’emplois qu’elle en aura détruits. Gardons la tête froide : la machine ne va pas remplacer l’homme, et encore moins l’expert.

 

L’IA, une chance pour se réinventer

Non seulement l’intelligence artificielle ne va pas le remplacer, mais elle va lui permettre de prendre une nouvelle dimension.

La montée en puissance de nouvelles technologies telles que la Robotic Process Automation (RPA) ou la Blockchain ouvre la voie à de profondes métamorphoses du monde du chiffre, tout comme dans le domaine de l’audit où les systèmes experts (logiciels d’aide à l’audit) ont vocation à seconder l’auditeur dans le suivi des normes, l’élaboration et la mise en œuvre du plan de mission, du programme de travail, etc.

Que les tâches les plus répétitives soient confiées à l’IA est loin de constituer une mauvaise nouvelle. Chronophages et peu créatrices de valeur, elles ont vocation à être dévolues à la machine – faut-il regretter la saisie des notes de frais ou le pointage des facturettes ?  Tout en permettant à l’expert-comptable de se recentrer sur sa vraie valeur ajoutée, qui n’est pas de compiler de la donnée comptable mais d’apporter un éclairage, une analyse ciblée et prospective, un accompagnement sur-mesure.

Quels sont les avantages de l’intelligence artificielle au cabinet ?

 

Moins d’erreurs, plus de contrôle

Associer comptabilité, big data et automatisation apporte des avantages très concrets. Les logiciels de reconnaissance des données permettent de limiter l’occurrence d’erreurs humaines. Le machine learning facilite considérablement l’analyse des risques ou la détection des fraudes et autres « déviations » insoupçonnables à l’œil nu. Des systèmes de scoring appuyés sur l’IA peuvent aider à la prévention des défaillances d’entreprise, etc. « Quoi qu’il en soit, l’esprit critique, le jugement professionnel, l’élaboration de l’opinion et la prévention, en l’état actuel de la science, resteront du domaine du jugement du professionnel, de l’humain », estime Olivier Salustro, président de la CRCC de Paris, dans une tribune publiée début 2018 dans les Echos (« Faut-il craindre l’intelligence artificielle » ?).

 

Cerveau et intelligence relationnelle

Pour Jean-Philippe Desbiolles, vice-président de Cognitive Solutions chez IBM France, si l’interaction hommes / machines a fait des pas de géant, il reste de très gros progrès à réaliser dans le domaine de la génération de langage naturel, autrement dit la capacité d’une machine à échanger « à la volée » avec un individu.

L’IA n’est pas vraiment intelligente. Elle a besoin de beaucoup de données pour agir. Elle peut se substituer à certaines fonctions du comptable, mais le champ de l’expertise, avec toutes ses possibilités de conseil et d’accompagnement individualisé, relève du domaine réservé du professionnel.

L’IA ne peut pas remplacer la relation de confiance nouée entre l’expert-comptable et son client. Cependant, elle apporte un nouveau confort dans la mesure où, pour ce qui a trait aux tâches de saisie et de chiffrage par exemple, on pourra très vite faire davantage confiance à la machine qu’à l’homme. C’est déjà le cas pour certains gestes ou diagnostics médicaux, que l’algorithme réalise aujourd’hui avec un degré de précision et de sûreté supérieur au professionnel.

Selon tous les intervenants d’une table ronde sur « l’expert-comptable augmenté » qui s’est tenue à Station F en février 2018, aucune IA ne peut remplacer totalement à ce jour un expert-comptable. Et ne le pourra sans doute jamais. Pas parce que l’expert-comptable dispose d’une réglementation et un monopole d’exercice (qui ne constitue qu’un frein provisoire et fragile à la disruption). Mais parce que la valeur, qui se fait de moins en moins sur le périmètre protégé (la comptabilité), est appelée à reposer de plus en plus sur les soft skills, la réactivité, la disponibilité de l’expert-comptable. Sur ses qualités d’écoute et de contact humain.

De même, l’expert-comptable augmenté devra accepter d’être challengé plus souvent par des solutions qui lui proposeront des analyses croisées avec les données du marché. Il saura dialoguer avec la machineet se remettre en question grâce à elle, sans se laisser « piloter » par elle.

Pour aller plus loin : quelles compétences pour le professionnel du chiffre de demain ?

 

Un expert augmenté en technologie… et en chiffre d’affaires ?

Faut-il apprendre à maîtriser les algorithmes ? Développer une véritable compétence technique ? Engager un data scientist ? Non, bien sûr. Les grands éditeurs de référence sont là pour fournir un service d’intelligence artificielle adapté, ou même clés en main. Cependant l’expert-comptable devient de plus en plus un intégrateur de données, et il doit se former, ainsi que ses collaborateurs, à la maîtrise des systèmes.

Son premier objectif : se mettre à niveau, technologiquement parlant. Et au niveau du client, qui devient lui aussi augmenté ! S’attacher à demeurer son interlocuteur régulier, réactif, et aussi fournisseur pro-actif de conseil, constitue la meilleure façon d’éviter d’être disrupté.

Enfin, l’expert-comptable augmenté veille à son propre compte de résultats. L’arrivée de l’IA est un excellent moyen de repenser sa productivité, et d’ajuster sa lettre de mission aux nouvelles réalités. Le professionnel recentre son utilité sociale sur ce qu’une machine ne peut pas faire : écouter, sentir, comprendre, comparer, proposer, recommander.

Steeven Pariente, Président du CJEC, déclarait ici-même : « Expert-comptable ou pas, qui sait ce que demain lui réserve ? Rester en mouvement, se remettre en question, chercher à être compétitif… : et si le secret de la réussite était de toujours rester un jeune expert-comptable ? ». L’intelligence artificielle nous en donne une nouvelle chance.

La profession comptable figure parmi les plus exposées à l’automatisation des tâches. Nombre d’études illustrent l’ampleur du phénomène, non sans accents souvent catastrophistes et conclusions parfois hâtives.Un rapport du BCG réalisé en 2017 prévoyait que 40 % des emplois de service pourraient disparaître d’ici 5 ans (soit environ 50.000 emplois dans la profession comptable) en raison de l’automatisation radicale des modes de production. D’autres enquêtes vont dans le même sens, même si les prévisions sont devenues plus tempérées. Ainsi, fin 2017, une étude du cabinet McKinsey prévoyait un taux de remplacement de 14 % des emplois au niveau mondial du fait de l’IA, et un rapport de PwC publié à l’été 2018 assure qu’à l’horizon 2030 l’IA aura créé autant d’emplois qu’elle en aura détruits. Gardons la tête froide : la machine ne va pas remplacer l’homme, et encore moins l’expert.

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