La digitalisation des entreprises, pilier de la reprise

La digitalisation a déjà profondément transformé le métier d’expert-comptable. Ses applications ont permis d’accélérer les tâches manuelles, de fiabiliser les processus, d’améliorer la relation client, de libérer des ressources et du temps pour mieux accompagner les clients... À présent, l’heure est venue de passer à la vitesse supérieure : les gains du numérique peuvent se traduire par de nouveaux services, eux aussi propulsés par le digital. La reprise post-crise sanitaire qui se dessine, à cet égard, comportera de nombreuses opportunités.

La digitalisation : une priorité pour l’avenir des TPE-PME

La première opportunité qui s’offre aux experts-comptables réside dans les lacunes des entreprises en matière de digitalisation. Eux-mêmes familiarisés de longue date avec les solutions digitales, les cabinets comptables sont en mesure d’apporter à leurs clients leur propre connaissance des outils et leur accompagnement dans la digitalisation – au-delà même de leur champ d’action comptabilité et paie.

Selon une enquête de l’Ifop pour Mastercard parue début 2021, un bon tiers des entreprises de moins de 10 salariés ne sont pas dotées d’un logiciel de gestion, de comptabilité ou de RH. Les deux tiers d’entre elles n’ont pas de site d’e-commerce, et 55% ne sont pas équipées pour la communication collaborative ou en visioconférence. Certes, ces résultats ne sont pas faciles à interpréter : toutes les entreprises n’ont pas les mêmes besoins en matière de transformation digitale. Par ailleurs, toutes les entreprises ou presque font aujourd’hui appel à des outils digitaux plus ou moins élaborés. Mais tout est dans le « plus ou moins » !

La digitalisation est d’abord une posture d’ouverture qui consiste à rester à l’affût des solutions nouvelles et d’anticiper l’évolution de son métier. L’expert-comptable peut jouer, auprès de ses clients, un rôle de conseiller et d’accompagnateur dans ce processus de remise en question permanente. « Pour mener sa transformation digitale, il n’y a pas de chemin tout tracé qui va d’un point A à un point Z », selon Laurent Lebar, expert-comptable. « Par contre, il est possible d’être méthodique. On peut déjà :

  1.  analyser les interfaces entre l’entreprise et ses clients ;
  2.  auditer les différentes technologies utilisées par le client ;
  3.  s’assurer que le client s’est entouré de talents variés et de profils différents ;
  4.  faire en sorte que l’entreprise puisse automatiser les différents process qu’elle utilise ».

En tant que partenaire de confiance, à l’avant-garde de la digitalisation, l’expert-comptable est donc en mesure d’accompagner ses clients dans leur stratégie digitale au sens large – au-delà même des dimensions comptabilité et paie. Celles-ci demeurent cependant, bien sûr, au cœur de son expertise.

 

La digitalisation des processus de comptabilité et paie : l’expert-comptable à la manœuvre 

L’environnement fiscal, social et réglementaire de l’entreprise continue à se complexifier, avec des textes le plus souvent conçus pour les grandes organisations. Pour faire face à leurs nouvelles obligations, les TPE-PME n’ont que trois possibilités :

  • se doter de ressources en interne – un investissement hors de portée pour la plupart des petites entreprises ;
  • recourir à des services 100 % en ligne – des solutions peu coûteuses, au moins en apparence, mais d’une fiabilité aléatoire ;
  • et se rapprocher d’un cabinet d’experts-comptables.

Ces derniers affrontent donc une concurrence redoutable. Mais ils disposent d’avantages significatifs, notamment la maîtrise simultanée des aspects techniques, technologiques, juridiques et humains.

Au cours des années récentes, les experts-comptables ont pu apporter aux entreprises des solutions « clés en main » pour la digitalisation de leurs déclaratifs, à un moment où le passage en DSN exerçait une forte pression au changement sur les TPE-PME. Cette transformation a été l’occasion, pour les cabinets, de faire valoir tout l’intérêt des solutions de dématérialisation des flux de données et d’automatisation des traitements. Par l’intermédiaire des experts-comptables, la digitalisation a ainsi fait son entrée dans nombre d’entreprises où elle était soit absente, soit obsolète.

La facturation électronique obligatoire s’apprête à jouer un rôle similaire dans les années à venir. Là encore, l’expert-comptable pourra jouer pleinement son rôle de partenaire rassurant et apporteur de solution. Suite à la loi des finances pour 2020, toutes les entreprises devront en effet être en mesure d’accepter les factures électroniques entrantes dès le 1er juillet 2024. Progressivement entre le 1er juillet 2024 et le 1er janvier 2026, selon leur taille, elles devront également en émettre. Cette mesure, qui vise essentiellement à lutter contre la fraude à la TVA, va transformer profondément les relations entre clients et fournisseurs dans le monde des TPE-PME. L’expert-comptable sera là pour apporter conseil et réponses aux questions des entrepreneurs. Ce sera l’occasion de se rapprocher encore des clients, notamment en faisant valoir les bénéfices que le nouveau système pourra apporter en matière de comptabilité et d’analyse en temps réel.

 

Promouvoir l’offre de service digitale

La période apparaît donc extrêmement propice à la promotion d’offres nouvelles s’appuyant sur le digital. La combinaison de l’expertise, de la relation de proximité avec l’entreprise et de la puissance du numérique confère aux cabinets d’expertise comptable un avantage réel sur la concurrence.

Les services que les experts-comptables peuvent proposer portent sur de nombreux aspects du métier :

  • Les outils collaboratifs présentent le triple avantage de faciliter le travail des collaborateurs du cabinet, d’améliorer l’efficacité du service du point de vue de l’entreprise et de ses salariés, et de fidéliser les clients. Ces outils peuvent être enrichis de moyens de communication multicanaux comme le chat ou la vidéoconférence. Tous les cabinets n’ont pas encore déployé ce type d’outils, même si la crise sanitaire a probablement levé bien des verrous mentaux. La capacité à dialoguer au quotidien avec le client, la qualité et la rapidité des flux de données recueillies directement, l’implication des salariés de l’entreprise cliente sont des avantages en eux-mêmes, qui ouvrent en outre la porte à de nouveaux services : conseil RH, conseil stratégique, dématérialisation…
  • L’automatisation et la dématérialisation des pièces illustrent également la façon dont la digitalisation et l’intelligence artificielle peuvent transformer en profondeur la relation avec le client. Ces technologies ne se contentent pas de digitaliser mécaniquement les documents : le machine learning permet surtout de réduire progressivement les erreurs et le temps d’intervention humaine. La relation tourne donc de moins en moins autour de détails matériels (« on pourra se recentrer sur des sujets autrement plus importants pour le dirigeant d’entreprise que le ticket de parking égaré », illustre l’experte-comptable Elisa Tomasini-Bartoli) et de plus en plus autour de considérations stratégiques et organisationnelles.
  • L’utilisation des données pour produire des analyses et des tableaux de bord à l’usage des clients est très loin d’avoir épuisé ses possibilités. La data-visualisation peut être un moyen de rendre cette expertise encore plus attrayante pour les entrepreneurs : décliner les principaux indicateurs en graphiques peut matérialiser des évolutions dans le temps que le client n’a pas forcément en tête, et permettre d’effectuer des rapprochements instructifs. Cette approche va de pair avec la capacité à produire des tableaux de bord en temps réel, qui permettent à l’entrepreneur de suivre les indicateurs qu’il souhaite, ou sur lesquels le cabinet aura attiré son attention.
  • Au-delà du reporting en temps réel, les outils d’intelligence artificielle peuvent également éclairer l’avenir, grâce à l’analyse prédictive. Pour offrir ce type de service, les cabinets doivent cependant faire appel à l’expertise d’un data scientist, ou acquérir cette compétence de haut niveau en interne – ce qui représente un investissement significatif. Le jeu peut cependant en valoir la chandelle si l’offre de conseil – qui représente actuellement en moyenne 7% du chiffre d’affaires d’un cabinet – prend son envol par rapport aux missions historiques de l’expert-comptable.

 

Confrontés à l’effet ciseaux.de la hausse des coûts et de la baisse des tarifs, les cabinets d’expertise comptable doivent redoubler d’inventivité pour conserver et accroître leur clientèle. La crise leur a permis de donner toute la mesure de leur utilité et de leur spécificité : la combinaison de l’humain, de l’expertise métier et de la technologie. La reprise représente une occasion unique de capitaliser sur cette expérience pour accompagner les entreprises dans leur développement, en comptant sur la digitalisation à tous les étages : au sein du cabinet, au sein des services proposés à l’entreprise, au sein de l’entreprise elle-même. Pour y parvenir, il faudra allier audace et prudence, en abordant le développement de l’offre par essai et erreur, en soignant sa veille technologique et de marché, et en restant ouverts à l’innovation.

 


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