Comment protéger son entreprise des impacts de l’inflation en 2023 ?

Régulièrement, le retour du fameux « monde d’avant » est reporté, le plus souvent par une nouvelle crise. Mais au fait, de quel « monde d’avant » parle-t-on ? Celui d’avant le début de la crise énergétique ou d’avant l’inflation ? D’avant la guerre en Ukraine, la crise sanitaire, ou le premier confinement ? Et si, au lieu d’imaginer un retour à une situation que nous jugeons, rétrospectivement, idéale, nous regardions en face l’instabilité de notre environnement ? Il est vrai que le contexte économique actuel se caractérise par beaucoup d’instabilité et qu’il peut être difficile pour les TPE, en bout de chaîne, de déterminer les conséquences concrètes de cette conjoncture. Petit tour d’horizon pour décrypter les grandes tendances économiques du moment, les impacts de l’inflation sur les entreprises en 2023 et quelques conseils pour s’y préparer.

1. Impacts de l’inflation : augmentation du coût de financement de votre entreprise

Les taux directeurs de la BCE déterminent les taux auxquels les banques commerciales peuvent emprunter auprès de la Banque centrale européenne (BCE).

Et le 8 septembre 2022, la BCE a décidé de relever ses 3 taux directeurs de 75 points de base, une première dans l’histoire de l’euro, après une hausse de 50 points de base en juillet 2022[1]. En augmentant ces taux, la BCE rend « l’argent plus cher » : le coût de financement pour les banques devient plus élevé, et cette hausse se répercute sur le client final, votre entreprise, au moment où elle sollicite un financement.

Les taux de crédits aux entreprises vont donc continuer à augmenter dans les prochains mois, qu’il s’agisse d’emprunt à long terme ou de financement à court terme. Obtenir un crédit de trésorerie ou financer un investissement coûtera donc plus cher. Le fléchissement des investissements des TPE/PME, constaté lors du 2e trimestre de cette année[2] devrait donc s’accentuer.

Un exemple concret ?

Cette augmentation du coût du financement peut être dramatique dans les entreprises qui ont structurellement un besoin de fonds de roulement élevé. En particulier les petites entreprises du bâtiment, qui subissent les délais de paiement des grands donneurs d’ordre, et doivent parfois avoir recours aux crédits court terme ou au découvert bancaire pour financer l’achat de marchandises.

 

2. Impacts de l’inflation : la chute de l’euro face au dollar

Septembre 2022 : 1€ = 0,99 $

L’euro est au plus bas depuis 20 ans. A titre d’exemple, il y a à peine plus d’un an, en plein rebond post-pandémie, un euro valait 1,22 dollar[3]. Depuis, il n’a cessé de s’effondrer.

Pour les entreprises qui importent beaucoup et en dollars, c’est clairement une mauvaise nouvelle : entre mai 2021 et septembre 2022, un même produit valant 100$ coûte 18 % plus cher à une entreprise de la zone euro. En revanche, pour les entreprises exportatrices, la baisse de l’euro est une opportunité. Le mécanisme est strictement inverse, et les produits exportés coûtent désormais moins cher qu’il y a un an. Les secteurs de l’automobile ou de l’agroalimentaire en bénéficient tout particulièrement.

La chute de l’euro génère donc une hausse des coûts de production et stimule les exportations. L’impact net de l’inflation sur votre entreprise dépend donc de votre activité et de la part de produits ou services importés dans votre structure de coût.

Un exemple concret ?

Les TPE dans le négoce sont les plus touchées. En particulier les entreprises qui achètent du matériel informatique et électronique aux Etats-Unis pour le revendre en France. Avec le matériel de transport, il s’agit en effet des principaux biens importés depuis cette zone du monde.

 

3. Impacts de l’inflation : les défaillances d’entreprises en hausse

La vague de défaillances annoncée depuis le tout début de la crise sanitaire, en mars 2020, serait-elle en train de démarrer ? En août 2022, 35 500 entreprises ont mis la clé sous la porte. Un niveau faible, mais en forte augmentation après des niveaux historiquement bas en 2020 et 2021.

Le taux d’augmentation des défaillances d’entreprises sur un an, entre août 2021 et août 2022[4] est de 26,5 %.

Pour l’instant, cette vague de défaillance touche surtout les « entreprises zombies », c’est-à-dire celles dont l’absence de viabilité économique  a été masquée par le « quoi qu’il en coûte » de ces dernières années. Une part significative de ces entreprises n’a notamment pas réussi à faire face aux échéances du PGE[5].

Tous les secteurs ne sont cependant pas touchés de la même manière, la hausse des défaillances depuis juillet 2021 est de :

  • 111 % en un an dans la restauration,
  • 100 % pour les boulangers pâtissiers,
  • 87 % pour les débits de boissons,
  • 86 % pour les salons de coiffure et les instituts de beauté[6]

Les TPE & PME sont les plus touchées

En mai 2022, sur 12 mois, la hausse moyenne des défaillances dans les entreprises de moins de 10 salariés était de 44,4 %, contre 23,1 % en moyenne[7].

Les pertes d’emploi des chefs d’entreprise eux-mêmes, qui ont également explosé ces derniers mois, touchent plus fortement les TPE : dans 88 % des cas, il s’agit de patrons d’entités réalisant moins de 500 000€ de chiffre d’affaires, dans 75 % des cas, des structures de moins de 3 salariés[8].

Alors faut-il étaler la dette en ouvrant une procédure ou faire profil bas, y compris si la situation est plus difficile ?

Selon Carl de Poncins, dirigeant de Panthea, une petite entreprise leader dans le secteur du surtitrage de spectacles, l’objectif est de retrouver des marges mais pas au prix de la réputation de l’entreprise[9]. Voilà qui résume bien le dilemme devant lequel peuvent se trouver de nombreux entrepreneurs.

 

4. Impacts de l’inflation : attention aux marges et à l’investissement

Août 2022 : l’inflation calculée par l’INSEE sur un an est de 5,9 %[10]

Depuis le mois de juillet, le repli de l’inflation se confirme. Mais il est nécessaire de rester prudent car d’autres tendances sont toujours à la hausse. Par exemple, l’augmentation des prix de l’alimentation qui accélère (+7,9 % après +6,8 %) ou celle des prix des produits manufacturés (+3,5 % après +2,7 %).

Aussi, ce « bon score » français de l’inflation au niveau européen s’explique par les dispositifs massifs de soutien mis en place par le gouvernement… dispositifs qui auront forcément une fin. Bruno Le Maire reconnaît lui-même que cet arrêt progressif se traduira par une inflation élevée en janvier et février 2023[11].

Sur le front de l’énergie, par ailleurs, la situation est particulièrement critique, notamment, mais pas seulement, à cause de la crise ukrainienne. Bien que 1,5 million de TPE bénéficient encore d’un tarif réglementé[12], la tendance générale est à la (très forte) hausse dans ce domaine.

Un exemple concret ?

Les entreprises travaillant avec les particuliers peuvent être dans des situations particulièrement compliquées, car il est souvent plus difficile de répercuter les augmentations de prix sur ce type de clientèle. Par exemple, un architecte dont les clients ont fixé le budget dès le départ d’un projet de construction va subir des augmentations tarifaires continues sur toute la durée du projet.

 

5. Impacts de l’inflation : 3 impacts majeurs sur les TPE & PME

L’inflation a au moins 3 impacts majeurs sur l’activité des entreprises, et particulièrement des plus petites :

  • Une baisse des marges, lorsqu’il n’est pas possible de répercuter la hausse des coûts sur le prix de vente (ce qui est souvent le cas des TPE, qui disposent d’un pouvoir de négociation plus faible et souffrent de la concurrence des grands groupes) ;
  • Un ralentissement des investissements, notamment dans un contexte de hausse des coûts de financement ;
  • Une pression salariale pour augmenter les rémunérations, bien légitime, mais qui vient encore rogner la rentabilité de la TPE.

 

Alors comment réagir efficacement face à ces impacts ?

Faut-il pour autant se résigner ? La réponse est non !

Anticiper pour mieux réagir

Comme souvent, la clé réside dans l’anticipation. Une bonne compréhension des grands mécanismes économiques que nous venons d’évoquer permet d’affiner les prévisions d’activité de votre entreprise. C’est le point de départ.

N’hésitez donc pas à mettre à jour vos prévisions, établir des scénarios et en tirer les conséquences opérationnelles. Aidez-vous des solutions connectées à votre disposition pour piloter votre entreprise. Les éditeurs modernes, dont Cegid, vous fournissent toute une gamme d’outils,  pour suivre en temps réel votre activité.

Se concentrer sur les fondamentaux financiers

Il est plus que jamais temps de travailler sur les fondamentaux financiers de votre TPE. Le PGE a considérablement accru les taux d’endettement des entreprises. Dans bien des cas, il est donc compliqué, voire peu souhaitable d’avoir davantage recours au crédit bancaire.

Ne pas négliger le besoin en fond de roulement

Enfin, la réduction des délais de paiement est un sujet absolument essentiel.

C’est pourquoi Cegid met également à disposition des solutions digitales pour établir les factures de vente et les transmettre instantanément au client final, mais aussi obtenir un financement anticipé via le financement de factures. Cette solution, activable en un clic, permet au dirigeant de TPE de disposer des fonds en 48h. Le BFR s’en trouve réduit, sans aggraver l’endettement, ni mettre en péril l’indépendance de l’entreprise.

En résumé, pilotage et financement, sont les deux axes essentiels pour préparer votre TPE aux conséquences économiques de la conjoncture actuelle et entamer l’année 2023 avec déjà quelques conseils d’avance.

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[1] Zone euro : la Banque centrale européenne (BCE) accélère la hausse des taux, vie-publique.fr, 8 sept. 2022

[2] Baromètre trimestriel Bpifrance Le Lab / Rexecode, mai 2022

[3] Cours moyen de mai 2021

[4] De plus en plus d’entreprises peinent à rembourser leur PGE, Le Figaro, 16 sept. 2022

[5] Ces petites entreprises bridées par le remboursement du PGE, Les Echos, 29 août 2022.

[6] Défaillances d’entreprises : « Ce n’est que le début », La Dépêche du Midi, 14 sept. 2022

[7] Défaillances d’entreprises : « Ce n’est que le début », La Dépêche du Midi, 14 sept. 2022

[8] Les pertes d’emploi chez les patrons de très petites entreprises s’envolent, La Tribune, 30 août 2022

[9] Les dirigeants hésitent à demander un étalement de la dette, Les Echos, 29 août 2022

[10] L’Insee confirme un niveau d’inflation élevé en France, à 5,9% en août sur un an, La Tribune, 15 sept. 2022

[11] L’Insee confirme un niveau d’inflation élevé en France, à 5,9% en août sur un an, La Tribune, 15 sept. 2022

[12] AFP, 19 sept. 2022


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