Experts-Comptables

Les CAC veulent donner du sens à leurs missions

25 Nov 2019

Les CAC ont l’expertise et la crédibilité pour proposer de nouveaux services. Mais trouveront-ils les arguments ? Comment organiser la transition de l’audit obligatoire au volontaire ? Quels services proposer ? Faut-il redéfinir le sens même du métier ? Comment vendre ces missions ? Le point sur une nouvelle frontière.

Les CAC veulent donner du sens à leurs missions

On peut bien relativiser la question du seuil à 2 millions qui n’avait pas changé depuis 19841, ou rappeler que les missions de commissariat aux apports, aux fusions ou aux transformations demeurent valides, la loi PACTE n’en est pas moins vécue par les commissaires aux comptes comme un tremblement de terre. La Compagnie estime la perte à 150,000 mandats, soit 40% de l’activité traditionnelle, appelés à disparaître dans les prochaines années.

Maintenant que la loi n’attend plus que ses décrets d’application, la profession réfléchit aux moyens de rebondir, et s’interroge sur le sens même de sa pratique. Ainsi Jean Bouquot, président de la CNCC et invité à la conférence conclusive du 74ème congrès des experts-comptables, déclarait-il en juin dernier : « La profession ne sait pas se faire aimer. Peut-être avons-nous trop insisté sur les moyens plutôt que sur les bénéfices de nos missions pour l’entreprise ».2

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Croire en sa valeur ajoutée

Ces bénéfices sont pourtant bien réels. D’après une étude récente diligentée par la Compagnie, 8 dirigeants sur 10 déclarent que la présence d’un CAC a permis d’améliorer au moins un aspect règlementaire ou opérationnel dans leur entreprise. Et 9 sur 10 estiment que la certification de leurs comptes représente un facteur de confiance dans leurs relations avec leur environnement.

Auditeur de process, le commissaire aux comptes apporte une valeur ajoutée cruciale pour l’entreprise en s’assurant de la qualité des procédures, comme la facturation, les stocks, les contrats de travail. Il est aussi un lanceur d’alerte auprès du dirigeant, pouvant lui permettre de bénéficier suffisamment tôt des outils juridiques pour préserver sa trésorerie (conciliation, sauvegarde financière accélérée, mandat ad hoc,…).

L’auditeur légal constitue un instrument de transparence et de sécurisation, mais aussi de valorisation des entreprises auprès de leur environnement. La dimension obligatoire assouplie, la profession va devoir réassurer ces bénéfices en proposant aux PME de véritables outils de management.

Développer de nouvelles missions

SACC – Les CRCC ont présenté cet été des fiches pratiques détaillant la longue liste des SACC – services autres que la certification des comptes.

  • Audit des risques financiers, sociaux, informatiques, et réalisation des cartographies correspondantes ;
  • Audit de gestion : performance, contrôle interne, RSE… ;
  • Audit de conformité contractuelle, comptable, règlementaire (RGPD ou Sapin 2 par exemple)
  • Diagnostic performance et croissance ;
  • Audit des systèmes d’information : protection des data et cybersécurité…

Toujours dans le cadre des SACC, les CAC peuvent également être mandatés par le dirigeant pour apporter leur expertise sur différentes opérations : transactions, acquisitions, cessions, emprunts bancaires, contrats d’assurance, contrats de licences….

L’ALPE – La « mission PE 3 ans », ou Audit légal des petites entreprises, est désormais soumise elle aussi à une démarche volontaire, tout en demeurant une mission de certification légale à part entière. Un changement de paradigme qui « ne remet pas en cause la valeur ajoutée de la profession, mais l’invite à̀ adopter une démarche plus agile, novatrice et adaptée aux besoins ».3

Elle génère un rapport porteur de recommandations, visant à réduire les risques identifiés, et tenant compte de la taille et des caractéristiques de l’entreprise. Celui-ci comporte les éléments spécifiques évalués à la demande du dirigeant, et comprend un temps de restitution et d’échange, pédagogique et synthétique, La mission conserve son caractère légal, avec les obligations d’alerte et de révélation des faits délictueux qui lui sont attachées.

D’autres missions encore sont envisagées : séquestre des fonds, rédaction d’actes, voire tenue de secrétariat juridique… Mais « ce n’est pas là qu’on attend les CAC, a déclaré Jean Bouquot sur la scène du Palais des Congrès. Ne brouillons pas notre image, restons dans notre ADN ».

Lire aussi : Commissaires aux comptes : de la mission imposée à la mission désirée

Garder l’essence de la profession

Depuis longtemps utilisée par la profession, l’expression « créateur de confiance » conserve toute sa signification vis-à-vis des parties prenantes : actionnaires, salariés, clients, fournisseurs, banques, administrations, etc.

Le CAC est tenu par des règles d’éthique et d’indépendance, un code de déontologie, un contrôle de la qualité de ses travaux organisé selon H3C. Il suit une formation continue, possède les compétences exigées par ses missions. Sa responsabilité civile, pénale, administrative et disciplinaire peut être engagée… Un homme ou une femme « de devoir » ? En tous cas un professionnel rare et respecté.

« Hommes et femmes de rigueur, ils savent tout de la vie des entreprises (…) Leur « signature » est fondée sur leur compétence, mais aussi sur leur indépendance et la déontologie qui la garantit » a rappelé Jean Bouquot. Par conséquent, ils doivent « continuer à commercialiser des prestations sous la casquette CAC, avec la force de l’indépendance », conclut Nathalie Lutz, vice-présidente statutaire de la CRCC de Paris.

Reste que le Commissaire aux Comptes ne peut pas se draper dans sa dignité s’il veut continuer à travailler avec des petites entreprises, et devenir aussi « créateur de croissance », selon la formule de Jean Bouquot. Un changement culturel qui pourrait s’avérer délicat ?

Vendre son R.O.I., la nouvelle frontière des CAC

Le commissaire aux comptes est un spécialiste du contrôle et du diagnostic, rompu à l’analyse des risques et leur cartographie. L’offre de nouveaux services va pourtant lui demander d’acquérir de nouvelles compétences techniques et relationnelles, à la hauteur des enjeux de modernisation numérique.

Les chantiers ne manquent pas, prévoyait en 2016 l’institut Messine. « Nos normes, nos rapports, notre façon de travailler, notre communication, notre présence, nos contrôles, nos relations avec les autres professions plus ou moins proches, notre régulation et nos institutions ».

Un des plus grands défis est sans conteste la dimension commerciale. Beaucoup de CAC dépassaient souvent le cadre strictement légal de leur mission pour mieux justifier des honoraires issus de son caractère obligatoire, en offrant diagnostic et recommandations sur des questions de sauvegarde informatique ou d’assurances, par exemple. Il s’agira désormais d’apprendre à vendre ces prestations. Quoi de mieux que d’en démontrer le R.O.I. ? N’est-ce pas la spécialité des professionnels du chiffre ?

Au-delà des difficultés actuelles, la profession doit s’inscrire dans une dynamique de reconstruction pour bâtir son futur. Dans son nouveau périmètre, il lui faudra défendre son professionnalisme autour d’offres pour la petite entreprise (la mission ALPE), et pour tous les acteurs économiques : nouveaux services et nouvelles attestations. Tout indique qu’il gagnera en s’appuyant sur ses fondamentaux : l’exigence, la compétence… et le sens de la valeur.

 

1 Rappelons qu’auparavant le seuil d’audit obligatoire était fixé en France à 2 millions d’euros de chiffre d’affaires pour les SAS et 3,1 millions d’euros pour les SARL. Pour les SA, l’audit reste obligatoire au premier euro de chiffre d’affaires.
2 Les Echos, juin 2019
3 voir le décryptage CNCC : https://cdn.cncc.fr/download/decryptage-norme-alpe-version-13-juin-2019.pdf

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