Après la crise, l’ère du cabinet hybride

Il n’y a pas que les automobiles qui s’hybrident ! Les experts-comptables suivent le même chemin. Dans l’organisation des cabinets bien sûr, tant le télétravail y a progressé pendant la crise sanitaire. Mais aussi dans leur offre de services, dans les définitions de postes, dans les relations avec la clientèle, et finalement dans l’association collaborateurs-robots comptables. L’hybride serait-il l’avenir du cabinet comptable ?

Dans le secteur automobile, les modèles hybrides sont en train de se faire une belle place au soleil. Rechargeables ou non, ils ont représenté depuis le début de l’année 2021 pas moins de 20,8% du marché[1] ! Cumulant l’autonomie permise par les moteurs thermiques aux avantages du moteur électrique, ils associent le meilleur des deux mondes… et tirent parti au mieux des dispositions règlementaires.

Le monde des cabinets d’expertise-comptable a embrayé dans le même sens… et son hybridation est aujourd’hui bien lancée.

Le travail en cabinet hybride

Les contraintes de la pandémie ont brutalement plongé les cabinets dans le télétravail. « Ce fut une découverte pour tout le monde ! Et peut-être une occasion de décrisper le sujet : dans notre activité, c’est réalisable », témoignait ainsi Delphine Loyseau, expert-comptable à Lille. Les collaborateurs ont pu apprécier ses avantages, à commencer par le gain de temps sur le trajet domicile-bureau, estimé à 73 minutes par jour télétravaillé[2]. Mais il a aussi remis en question l’organisation classique du travail, avec ses horaires fixes et le contrôle des équipes par supervision directe.

Pour autant, chacun a pu également se rendre compte que la pratique n’avait pas que des bons côtés. Le manque de lien social, la disparition des contacts informels, la sensation d’enfermement, se sont aussi révélés comme les conséquences désagréables d’un 100% télétravail imposé par les circonstances. L’étude « Le travail demain – le travail hybride et le nomadisme plébiscités par les français » conduite par l’Observatoire Cetelem s’en est récemment fait écho : les Français souhaitent désormais majoritairement alterner télétravail et présentiel. Et selon une autre étude[3], 78% des cadres plébiscitent ce modèle hybride.

La préférence des actifs se porte sur une répartition plus ou moins égale, de 2 à 3 jours à la maison, et autant dans les locaux de l’entreprise. Celles et ceux qui ont télétravaillé pendant la crise souhaiteraient rester chez eux 2,6 jours par semaine, et ce désir ne se limite pas aux plus jeunes ; les 35-49 ans aimeraient également télétravailler 2,5 jours par semaine.

Pourquoi pas ? Un cabinet y trouvera l’occasion de diminuer ses coûts immobiliers, bénéficiera d’une productivité estimée 22% supérieure[4], et d’une attractivité renouvelée à l’embauche. Il y a cependant des conditions. Techniques bien sûr : l’usage du Cloud et des outils collaboratifs s’impose. Mais aussi managériales : il faut apprendre à faire confiance[5] !

Une offre hybride

Nécessités économiques et ouvertures par la loi PACTE à de nouveaux domaines d’expertise contribuent à dessiner pour les cabinets le chemin d’une offre hybride. Ce n’est pas un mystère : pour conserver leurs marges, les cabinets ne peuvent plus compter que sur leurs missions traditionnelles. En plus de la comptabilité et des obligations déclaratives, ils s’ouvrent donc à des prestations bien plus diversifiées.

Côté conseil :

  • Gestion,
  • Exploitation,
  • Investissements,
  • Acquisitions,
  • Evaluation et diagnostic du risque cyber,
  • Transformation digitale,
  • PER,
  • Transmission d’entreprise,
  • Gestion de patrimoine du dirigeant,

Côté services :

  • Représentation de leur client vis-à-vis du fisc et des organismes sociaux (« mandat implicite »),
  • Mandat de paiement des fournisseurs,
  • Recouvrement à l’amiable des impayés
  • « Full service » : facturation, comptabilisation, règlement

 

Cette offre hybride permet au chef d’entreprise de conserver un interlocuteur unique tout en bénéficiant des compétences de collaborateurs formés aux différentes spécialités. Elle est déjà largement à l’œuvre chez les Big 4 et les grands cabinets.

Des profils de poste hybrides

Dans les cabinets de taille plus réduite, la tendance est à la définition de profils de poste hybrides. Le collaborateur s’y retrouve impliqué à 1/5 de son temps sur tel type de conseil, 2/5 sur tel type de service, etc. Et cette proportion s’adapte aux circonstances et aux besoins du moment.

C’est ce que décrit dans son rapport le think-tank Les Moulins[6] : « La profession va assister à une perte de standardisation de ses postes, qui vont évoluer en fonction des missions développées par les cabinets. Les métiers standards, tels qu’on les connaît, vont peu à peu laisser place à des agrégations de blocs de tâches, qui, elles-mêmes, constitueront un poste ». La transformation numérique des cabinets contribue à ce changement structurel, grâce à un partage des données facilité et à de nouvelles solutions collaboratives comme Microsoft Teams, par exemple.

L’hybridation des postes conduit à une diversification des recrutements et des parcours individuels, qui permet à la fois d’enrichir le cabinet par la variété des expériences, et de renouveler l’appétence de chacun pour son investissement professionnel.

Des relations clients-cabinet hybrides

Dans ce domaine aussi, la crise sanitaire a contribué à accélérer une pratique jusqu’alors surtout adoptée par les entreprises les plus modernes – la visioconférence. Son usage s’est étendu – fut-ce à titre provisoire – des assemblées de copropriétaires aux réunions des CSE. Visualisation de l’interlocuteur et partage d’écrans ont permis de multiplier les contacts ; pour beaucoup d’experts-comptables, elle a offert la possibilité d’élargir leur zone géographique naturelle.

Pour autant, les nécessités du contact humain demeurent, notamment pour les moments clés de la relation – découverte de l’entreprise et de son dirigeant, projet de bilan, transmission d’entreprise, etc. Et au quotidien, l’usage d’un portail comme le Cegid Cloud Experts Comptables permet de maintenir un lien permanent entre les rencontres, qu’elles soient virtuelles ou physiques.

La relation entre le cabinet et les chefs d’entreprise s’inscrit dans cet environnement multicanal. Résultat : un cabinet phygital, comme l’avaient décrit Yann Benchora et Cyril Degrilart lors du 74ème congrès de l’Ordre des Experts-comptables : « Lorsqu’on invite un client à petit-déjeuner dans nos bureaux, il ne manquera pas de repenser à ce moment de vie réelle lorsqu’il se connectera ensuite au portail du cabinet ».

Homme/machine : une force de travail hybride

Dernière dimension du cabinet hybride : le partage du travail entre l’homme et la machine – entre le collaborateur et son robot d’intelligence artificielle.  Car l’IA n’est plus aujourd’hui réservée à des applications d’avant-garde (comme Cegid Loop), mais s’intègre de plus en plus harmonieusement avec les outils métiers classiques – ainsi Conciliator est-il aujourd’hui intégré dans Cegid Quadra et Cegid Expert.

Trouver la meilleure complémentarité entre l’homme et la machine implique alors de revisiter les tâches afin de confier à chacun – le collaborateur et son assistant numérique – ce qu’il sait le mieux faire.

 

Mode de travail, offre, profils de postes, relations clients, collaborateurs assistés par l’IA… : décidément, on dirait que les cabinets vont bientôt tous carburer à l’hybride !

 

[1] Depuis le début de l’année 2021, la part de l’électrique représente 6,88 % des nouvelles immatriculations tandis que les segments des hybrides et des hybrides rechargeables atteignent respectivement 13,85 % et 6,92 %. Chiffres CCFA 1/05/2021

[2] Etude Caisse des Dépôts

[3] Cadremploi / Boston Consulting Group

[4] La productivité des télétravailleurs est 22 % supérieure en comparaison avec une journée non télétravaillée – Etude Greenworking, 2018

[5] Lire à ce propos : « Le management par la confiance », édition Eyrolles, 2020

[6] « Quels métiers demain », sept. 2020


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