Avis d’expert : de l’opportunité de piloter ses risques fiscaux et financiers…

François Longin est professeur de Finance à l’ESSEC Business School et directeur du Département Finance au sein de l’établissement. Il s’est occupé pendant plusieurs années de la direction de la recherche et de l'innovation d’un grand groupe bancaire international. Son domaine d'expertise et de conseil couvre la gestion des risques pour les institutions financières, la gestion de portefeuille pour les sociétés de gestion, la gestion financière pour les entreprises et la gestion de patrimoine pour les particuliers. Ses travaux ont été publiés dans plusieurs journaux scientifiques internationaux. Il a accepté de nous partager sa vision des risques financiers, comme ils sont perçus et gérés en entreprise par les décideurs au sein des directions financières, dont la fonction prend de plus en plus d’ampleur.

Avis d’expert : de l’opportunité de piloter ses risques fiscaux et financiers…

1- Quels sont actuellement les principaux risques financiers auxquels sont exposées les entreprises ?

Tout comme les banques, les entreprises font aujourd’hui face à un large panel de risques financiers : les risques de taux, de change, de prix, de défaut de la part de leurs clients… Il faut également y ajouter les risques opérationnels (issus d’erreurs humaines, de failles dans leurs processus ou d’actes malveillants) et les risques liés à la conformité réglementaire ou fiscale par exemple.

Ce qui est intéressant cependant, c’est la manière dont les entreprises gèrent ces risques financiers. On remarque qu’elles s’inspirent beaucoup, et de plus en plus, des institutions financières. Chez ces dernières, le risque financier fait office de matière première. Elles ont donc dû développer des outils de gestion et de modélisation performants (notamment sous l’impulsion de la réglementation bancaire de Bâle), et ce sont ces méthodes qui sont aujourd’hui adoptées par les entreprises (en tous cas par les plus grandes entreprises) pour évaluer et gérer leurs risques.
A l’image du secteur bancaire, les directions financières sont donc de mieux en mieux équipées.

2- Justement, comment évaluez-vous la gestion actuelle du risque financier par les entreprises ?

Dans les faits, la gestion des risques vise à quantifier l’exposition aux risques de l’entreprise (selon la force et la probabilité d’occurrence des événements) et à modifier le profil de risque de l’entreprise (couverture des risques). Une gestion des risques ne devrait être mise en place que si elle crée de la valeur pour les actionnaires.

La gestion du risque requiert des investissements en termes de ressources humaines pour maitriser les produits de couverture (les produits dérivés comme les contrats à terme et les options par exemple), de systèmes d’information (SI), d’organisation interne et d’acquisition de données financières, mais elle présente un double bénéfice pour les entreprises :

  • D’une part, elle diminue les coûts potentiels liés à ces risques, et aux incidents potentiels.
  • D’autre part, en réduisant la volatilité du résultat financier, elle permet de lisser les résultats d’une année sur l’autre.

En termes de gestion du risque, on observe que les entreprises s’adaptent de manière naturelle. Elles ont tendance à s’outiller et à se former au même rythme que celui auquel elles croissent et s’exposent à de nouveaux risques.

« Le danger, c’est qu’il y ait un décalage flagrant entre le rythme de survenance de nouveaux risques et l’adoption de solutions de gestion associées. »

3- Quel est le rôle du DAF dans cette gestion des risques financiers et fiscaux ?

Plus l’entreprise grandit et plus le directeur financier se concentre sur le haut de bilan. Son service devient également la plaque tournante de la gestion du risque. Il doit alors coopérer avec les autres directions pour contrôler et piloter les risques.

Cette collaboration implique souvent la très exposée direction des achats ou bien la DSI, mais elle peut être étendue à presque tous les départements. Le décideur financier prend la responsabilité de missions très transverses du fait de sa position au sein de l’organisation. Il lui revient d’adopter les bons outils digitaux qui optimiseront le reporting, les prévisions ou la gestion des covenants, ces gardes fous de la relation bancaire.

Il s’impose aussi comme un interlocuteur clé à l’extérieur, vis à vis des actionnaires, des prêteurs et des autorités telle l’administration fiscale. A lui de comprendre et d’appréhender le risque de non-conformité.

4- Quelles grandes évolutions constatez-vous dans le pilotage du risque par les directions financières ?

Le périmètre des directions financières s’élargit de manière régulière dans les entreprises. Le directeur financier est de plus en plus associé à la stratégie au travers de la construction des business plans. Là où le DAF classique regardait le passé et examinait le présent, le financier actuel aide à construire la vision future. Il est davantage « business focused ».

« Pour aller du point A au point B, pour dessiner une trajectoire, il faut des ressources. Le directeur financier est garant de celles-ci. »

5- Pensez-vous que la transformation digitale est source de nouveaux risques ou, au contraire, qu’elle permet de les réduire ?

Dans la gestion financière, on distingue deux angles : prévoir et décider. La question est intéressante au regard de ces deux aspects.

L’outil digital améliore la qualité de l’information disponible, il rend la prévision plus fiable et plus rapide. Par ailleurs, il offre une meilleure compréhension de la complexité du business, des liens qui se tissent entre les différents processus et parties prenantes. Il permet donc une prise de décision plus éclairée.

« Avec le digital, on comprend mieux les risques mais surtout les corrélations et les structures de dépendance entre les facteurs de risques. »

De plus, le digital permet de relier facilement des ressources et des pôles de compétences qui ne communiqueraient pas sinon. C’est en intensifiant ces croisements de données que l’on peut créer de la valeur au sein de l’entreprise, parfois même de manière fortuite. J’ai en tête un exemple assez parlant.
Dans une chaîne de supermarchés aux Etats-Unis, les analystes cherchaient à anticiper au mieux le niveau des ventes. C’est en exploitant des images satellites de surveillance de leurs parkings qu’ils ont obtenu la meilleure estimation de la consommation future. Plus précise encore que tous les modèles statistiques basés sur l’analyse fondamentale et les données historiques ! Avec la data, le supplément d’intelligence et de valeur n’est pas toujours là où on l’attend.

Certes, la croissance exponentielle de la masse de données a fait surgir de nouveaux risques (conformité, piratage, blocage, etc.) pour les entreprises de plus en plus exposées, mais son potentiel est considérable pour celles qui sont en mesure de l’anticiper et de la maîtriser dans des référentiels normés, au sein de solutions sécurisées.


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