Automatiser pour revaloriser les missions et les collaborateurs du cabinet

A l’heure où il est si difficile de recruter, les craintes quant aux conséquences négatives pour l’emploi de la multiplication des robots comptables apparaissent, sinon caduques, du moins largement surestimées. Au contraire, l’automatisation, en soulageant les cabinets des tâches répétitives à faible valeur ajoutée, permet de donner leur chance à leurs autres missions, celles qui génèrent le plus de rentabilité… et qui sont le plus attractives pour les candidats.

Récemment encore, le cabinet Forrester estimait que 12 millions d’emplois peu qualifiés seraient menacés par l’automatisation à l’horizon 2040 dans « l’Europe des 5[1] ». Dans le même temps, il prévoit la création de 9 millions d’autres emplois dans des secteurs de pointe comme le bâtiment écologique, la ville intelligente ou encore l’énergie. La « destruction créatrice » de Schumpeter fait de la résistance !

Elle est à l’œuvre aussi dans les cabinets d’expertise-comptable. 70 % d’entre eux reconnaissaient dès 2020 rencontrer des difficultés de recrutement[2]. Malgré la dématérialisation et la digitalisation de nombreuses tâches depuis une vingtaine d’années, la pénurie de personnel qualifié s’accroit. Paradoxe ? Pas vraiment, si on se rappelle que l’apparition au début des années 1990 de logiciels automatisant la production de code n’a certainement pas privé les informaticiens d’emploi !

Sortir de la nasse du réglementaire

La part des tâches à faible valeur ajoutée reste importante dans les cabinets, et elles sont chronophages pour les collaborateurs. Selon une étude du think tank Les Moulins, en 2020, 44 % de leur chiffre d’affaires provenait encore de la tenue des comptes et 19 % de le la révision. Une situation dangereuse, puisqu’en parallèle le revenu par dossier ne cesse de baisser : -20 % entre 2002 et 2016 selon l’OEC, en euros constants !

 

Valeur des missions des cabinets

Cette érosion ne va pas s’arrêter là : ainsi, l’introduction progressive de la facture électronique ne manquera pas d’entraîner la suppression de la déclaration de TVA, qui constituait la « face visible » du travail comptable. Et la pression marketing des acteurs « low cost » aux prix écrasés, contribue aux interrogations des chefs d’entreprises. Quelle est la valeur ajoutée de leur expert-comptable dans la tenue des comptes qui justifie une telle différence ?

Revenus en berne sur les activités historiques, découragement de collaborateurs obligés de se consacrer à la chasse aux pièces et à la course aux échéances légales… comment éviter l’effet ciseau ? En sortant de la nasse par le haut ! L’étude déjà citée anticipe que, dès 2025, l’offre de service et de conseils des cabinets représentera 36 % de leurs chiffres d’affaires (+50 % vs. 2020), la part de la tenue baissant à 30 % contre 44 % actuellement.

Lire aussi : Experts-comptables : coûts à la hausse, tarifs à la baisse, peut-on échapper à l’effet ciseaux ?

 

Emerger par le haut, en automatisant le socle historique

Vendre des missions à plus forte valeur ajoutée est une chose, mais le socle de la profession reste la maîtrise de la chose réglementaire. En revanche, tout ce qui est répétitif dans ces phases doit être automatisé. Les solutions existent, et elles marchent ! William Denis, expert-comptable dans le Rhône et utilisateur de Cegid Loop, estime par exemple « économiser entre 50 et 60 % du temps de traitement comptable ».

Grégory Loyez, associé d’un cabinet de 35 personnes à Marcq-en-Barœul, confirme : « nous gagnons des heures dans beaucoup de domaines, par exemple avec les rapprochements automatiques maintenant que la banque et les factures se déversent au même endroit. Ou dans la gestion des notes de frais, qui peuvent s’intégrer directement dans le logiciel comptable. J’estime que cette amélioration de la productivité comptable bénéficie à 75 % de nos dossiers ». Autre gain notable, sur la qualité du travail fourni : les doublons sont impitoyablement repérés, les affectations sont justes, et les erreurs, s’il en reste, sont faciles à tracer.

Verbatim automatisation des cabinets

 

Des gains significatifs et variés

L’automatisation agit potentiellement sur toute la chaîne de valeur, depuis la collecte jusqu’à la restitution, en passant par la saisie et la révision. Mais la diversité des cabinets, du chemin qu’ils ont choisi pour se transformer, et leur degré variable de maturité numérique, rend difficile l’expression d’un gain moyen. Chacun y trouve… ce qu’il y cherchait, de la modernisation de la saisie jusqu’à la transformation du cabinet.

Spécialiste du pricing et du costing des marchés B2B, Laurent Dumarest le soulignait lors d’un récent webinar : « Il y a encore beaucoup de points de rentabilité à prendre, avec un retour rapide sur investissement ». Le défi ? « La productivité des cabinets a pu s’améliorer au cours des 20 dernières années, mais les cabinets n’en ont pas vraiment profité : faute d’une remise en cause de leur propre modèle, l’essentiel a été restitué au marché… ». Il ne faudrait pas que cela recommence !

 

Nouvelle vision, nouvelle image

La nouvelle vision qu’a aujourd’hui la profession comptable d’elle-même va générer sa nouvelle image plus surement qu’une campagne de publicité. Libérés des heures jadis nécessaires à produire des chiffres, les collaborateurs vont pouvoir se consacrer à les expliquer. Pour les managers, le travail change aussi : « moins de saisie, davantage de contrôle. Le côté ennuyeux disparait, et [cela] me dégage du temps pour sécuriser mes travaux et mieux accompagner mes clients au quotidien », constate par exemple Remy Gouazou, du cabinet Revalen.

Au-delà, les possibilités offertes par l’usage des datas ouvrent grand le champ des possibles : des comparatifs avec des sociétés similaires (sectorielles ou géographiques, par exemple), des hypothèses de trésorerie dans le cadre d’une croissance rapide, des analyses du potentiel de tel emplacement commercial, etc. Autant de missions qui seront proposées à bon escient, et qu’il faut apprendre à vendre si ce n’est déjà fait !

Plus productifs, plus concentrés sur les aspects valorisants de leur métier, les cabinets automatisés seront aussi plus rentables. Ultime bonne nouvelle, seulement un quart de la profession a achevé à ce jour l’automatisation complète de l’acquisition des factures de vente et d’achats. Il y a donc encore matière à se différencier et donc à renforcer son attractivité compétitive, vis-à-vis des clients comme des jeunes professionnels.

 

[1] France, Allemagne, Espagne, Italie, Royaume-Uni

[2] Etude sur les besoins en recrutement, édition 2020, Observatoire de la profession comptable, CSOEC

Repenser sa chaîne de production pour recréer de la valeur.

Pas d’automatisation sans stratégie préalable.