Experts-Comptables

Rencontre avec Steeven Pariente, nouveau président du CJEC

10 Jan 2019

Et si le secret de la réussite d’un cabinet était de toujours rester un « jeune expert-comptable » ? Entretien exclusif avec Steeven Pariente, nouveau président du Club des Jeunes Experts-Comptables et Commissaires aux comptes.

Rencontre avec Steeven Pariente, nouveau président du CJEC

Le Club des Jeunes Experts-Comptables et Commissaires aux comptes s’est donné en octobre dernier un nouveau bureau exécutif. Fondé en 1983, le CJEC réunit plus de 1500 membres, jeunes experts-comptables inscrits à l’Ordre depuis moins de cinq ans, jeunes diplômés de moins de 5 ans, diplômés salariés et mémorialistes, sans limite d’âge. Nous avons interrogé son nouveau président, Steeven Pariente. Il revient pour nous sur les transformations du métier, les attentes des jeunes professionnels, et la nouvelle dynamique qu’il entend donner à l’association.

Pouvez-vous nous résumer votre parcours professionnel ?

« Comme beaucoup d’entre nous, j’ai suivi un parcours classique. BTS compta, DCG et DSCG, puis DEC à l’issue de trois ans de stage, répartis entre deux cabinets aux profils bien différents. Le premier était un cabinet de 10 personnes, et le second un cabinet régional de 200 collaborateurs. Une fois obtenu mon diplôme, je suis resté encore neuf mois, avant de finalement décider de poser ma plaque. J’ai aujourd’hui 35 ans. »

Une profession en transformation

Dans un contexte de digitalisation généralisée, d’usage massif des réseaux sociaux, et de glissement progressif de la propriété à l’usage, la profession comptable est, elle aussi, en transformation. « L’automatisation de la saisie et du traitement des données a changé la donne. Nous faisons un métier qui associe la production de chiffres et le conseil, mais nous sommes appelés dans les années qui viennent à produire différemment, et à apporter un service peut-être moins technique, mais bien davantage entrepreneurial. »

Faut-il craindre une uberisation de la profession d’expert-comptable ? Pour Steeven Pariente, « la concurrence n’est pas un vrai débat. L’uberisation a fait émerger certains clients qui n’ont besoin que de prestations comptables ; d’autres veulent de la comptabilité et du conseil. Les prestations comptables basiques sont faciles à chiffrer et à comparer. Mais combien coûte le conseil ? Ça dépend de beaucoup de choses ! Et qui pour le dispenser ? La personnalisation de la relation reste très importante face à un entrepreneur ».

A lire : « Les défis d’une profession en transformation » Avis d’expert avec Charles René Tandé et Laurent Marty, directeur de Xerfi

 

Un cursus toujours adapté ?

L’enseignement comptable est-il à la hauteur des transformations du métier ? Oui et non : Les cinq premières années d’enseignement théorique, c’est-à-dire jusqu’au DSCG, sont d’un haut niveau technique et tout ce que l’on y apprend ne sera pas obligatoirement utile, comme par exemple la consolidation, qu’on ne rencontrera pas dans les petits cabinets. Par la suite, les trois années de stage en cabinet vont permettre de se former à la mise en pratique de ces techniques. En revanche, toutes les techniques relatives aux soft skills sont cruellement absentes de notre formation initiale.

« Nous ne sommes pas suffisamment formés à être des professionnels du conseil, ni des chefs d’entreprise. »

De même, pour la gestion de la relation avec ses clients et avec l’environnement en général, ou la manière de faire – et de vendre ! – du conseil : « tout ça ne s’apprend pas à l’école ». D’où la fonction toujours aussi cruciale du stage en cabinet qui, pour autant, s’avère pour un jeune professionnel une période particulièrement chargée : « Salarié, avec une obligation de production vis-à-vis de son employeur, il faut aussi rédiger différents rapports de stage puis un mémoire pour préparer le DEC… et bien souvent c’est aussi le moment où l’on passe une étape de sa vie personnelle : mariage, premiers enfants… ». A noter que l’ANECS, association sœur du CJEC, offre aux experts-comptables stagiaires un accompagnement au cours de leur stage dans la préparation de leur DEC.

Pour aller plus loin : Quelles compétences pour le professionnel du chiffre de demain ?

 

Les orientations du nouveau bureau

Pour accompagner les adhérents du CJEC dans leur parcours, Steeven Pariente entend les aider à trouver et choisir les services et les outils adaptés à leurs besoins, tout en leur permettant de développer leur réseau et en les informant des évolutions de la profession. Une démarche résolument pratique :

Côté métier, Steeven Pariente souhaite que le CJEC renforce son rôle de facilitateurs des échanges entre confrères et tout particulièrement sur des questions entrepreneuriales. A commencer par deux problématiques qui figurent parmi les plus importantes lors des premières années d’exploitation du cabinet :

  • Comment s’installer ? Seul, à plusieurs, dans des cabinets pluridisciplinaires, dans des espaces de coworking ? Ici aussi la généralisation des solutions logicielles en mode SaaS a ouvert le champ des possibles.
  • Quand recruter ? « Investir sur l’humain signifie accepter de dégrader sa propre rémunération – sans garantie de réussite ni de fidélité », rappelle Steeven Pariente. Sur un tel sujet, rien ne vaut l’échange entre confrères qui ont dû résoudre récemment de telles interrogations.

Le bureau souhaite aussi entamer ou poursuivre ses réflexions sur les grands thèmes d’actualité de la profession : audit, interprofessionnalité, spécialisation, de sorte à tirer le meilleur de mutations devenues incontournables.

Côté outils, pour répondre à l’arrivée massive et quasi-mensuelle de nouvelles solutions à destination des experts-comptables et commissaires aux comptes, l’Association veut développer encore les tests de ces nouveaux outils numériques et permettre aux jeunes professionnels de les tester en conditions réelles avant de négocier des réductions exclusives pour ses adhérents sur les produits qu’elle aura jugés les plus pertinents.

Lire aussi : L’interview de Mathieu SIBRA, jeune expert-comptable qui a immédiatement opté pour la dématérialisation lors du lancement de son cabinet.

 

Mais dans la boîte à outils du jeune expert-comptable doivent aussi figurer des soft skills et des savoir-faire qui n’ont rien de financier. C’est la raison pour laquelle le CJEC propose des réunions d’apport de contenu, organisées par ses partenaires, dont Cegid, et des spécialistes, comme par exemple :

  • Faire le marketing de son cabinet,
  • Savoir poser les bonnes questions aux clients pour leur proposer les bons services,
  • Développer son réseau et sa communication,
  • Prendre la parole en public,
  • Animer une réunion,

« Face aux mutations de notre métier, nous voulons être force de proposition »

Côté réseau, le nouveau bureau entend développer le relationnel avec d’autres professions (avocats, notaires, huissiers…) en augmentant la visibilité des événements du Club. Mais il souhaite aussi faire peser davantage les jeunes experts-comptables sur la profession dans son ensemble. « Face à toutes les mutations de notre métier, nous voulons être force de proposition. Nous sommes digital natives, et nous pouvons aider la profession à se réinventer », souligne Steeven Pariente. Et pour la première fois, le CJEC a pu animer un atelier en propre intitulé « Les jeunes face au nouveau défi de l’audit », lors des 31Assises de la Compagnie des Commissaires aux Comptes, qui avaient lieu les 29 et 30 novembre dernier à Marseille et ont réuni près de 1000 participants.

Un accélérateur d’évolution

Adhérer à une association professionnelle constitue un moyen classique de rompre l’isolement et se constituer un réseau. Le Club des Jeunes Experts-comptables et Commissaires aux comptes offre à ses adhérents un cadre adapté à leurs questionnements et à leurs besoins spécifiques : « On s’y nourrit des rencontres et des échanges, on aborde en toute simplicité des problématiques concrètes, on se constitue un groupe d’amis, pour tout de suite, mais aussi pour plus tard. C’est un accélérateur d’évolution, en ce sens qu’il permet de prendre des décisions plus vite – un must quand on s’est installé récemment », complète son président.

Lire aussi: « J’ai ouvert mon cabinet il y a 6 mois » l’interview de Jessie Deslandes, jeune expert-comptable venant d’ouvrir son cabinet

 

Steeven Pariente conclut : « On mesure l’intelligence à la capacité à s’adapter » disait Albert Einstein. Expert-comptable ou pas, qui sait ce que demain lui réserve ? Rester en mouvement, se remettre en question, chercher à être compétitif… : et si le secret de la réussite était de toujours rester un jeune expert-comptable ? »

 

En savoir plus sur le Club des Jeunes Experts-Comptables : http://cjec.anecs-cjec.org

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