Secteur Public

Enjeux de modernisation des SDIS : trois questions à Christophe Gurruchaga, expert fonctionnel chez Cegid Public

20 Juin 2019

Au sein du secteur public, les services départementaux d'incendie et de secours (SDIS) se différencient des autres organismes publics par un grand nombre de spécificités qui rendent leur modernisation parfois plus complexe et essentielle. Christophe Gurruchaga, expert fonctionnel chez Cegid Public, présente les particularités de ces organisations et les prochains défis qui attendent les SDIS.

Quel est l’état global des SDIS en France aujourd’hui ?

Ces structures territoriales à l’échelle du département – à l’exception de Paris et de Marseille –, sont véritablement à part dans le paysage public. D’une part, par leur activité qui leur impose d’acquérir du matériel, de financer leurs formations et d’assurer le suivi médical de leurs effectifs et d’autre part, par la diversité des profils intégrés au sein de leur SIRH. En effet, font partie des SDIS les sapeurs-pompiers professionnels (qui représentent moins de 20 % des sapeurs-pompiers), les personnels administratifs et techniques qui relèvent de la fonction publique territoriale, et les sapeurs-pompiers volontaires (SPV) qui perçoivent des indemnités au titre de leur activité mensuelle. Un second degré de complexité doit également être pris en compte car les pompiers professionnels peuvent, en parallèle, exercer une activité volontaire et le personnel administratif est aussi très fréquemment SPV lui-même, ce qui fait que certains cumulent deux statuts ! Cette organisation n’est pas sans conséquence sur leur gestion RH et financière, les SDIS nécessitant des outils dédiés.

De même, ils sont le plus souvent équipés de logiciels de gestion d’alerte aujourd’hui indépendants les uns des autres au sein d’un même département. Ainsi, si les SDIS intègrent un certain nombre de particularités, chaque service départemental possède également son propre système d’information adapté à ses besoins spécifiques et à ses moyens. Résultat, on observe non seulement une forte hétérogénéité au sein des SI eux-mêmes mais également entre les SDIS, rendant complexe la communication entre les différents services de secours.

 

Quels enjeux recouvre donc la modernisation de leurs systèmes d’information ?

Comme pour l’ensemble des organismes du secteur public, les SDIS doivent accélérer la dématérialisation de leurs processus, à commencer par la déclaration sociale nominative (DSN) qui entrera en vigueur le 1erjanvier 2020. Finalement, c’est toute leur chaîne déclarative qui sera ainsi numérisée. Leur gestion RH doit elle aussi être plus fluide et optimisée, notamment pour attirer et fidéliser les sapeurs-pompiers volontaires. Le gouvernement a ainsi lancé fin 2018 un plan d’actions pour le volontariat comportant 37 mesures dédiées aux pompiers volontaires. Enfin, la mise en place progressive – mais non obligatoire dans un premier temps –, à partir de 2021, de « NexSIS 18-112 »,le système d’information et de commandement unifié des services d’incendie et de secours, de la sécurité civile et des SDISimplique l’interopérabilité des outils de gestion et des systèmes d’information entre eux.

Les principaux objectifs liés à cette démarche de modernisation portent principalement sur la formalisation des procédures de travail pour apporter plus de traçabilité et d’harmonisation. La dématérialisation des processus et des documents permettra alors aux SDIS de gagner en efficacité, en réactivité et en pertinence. Toutefois, cette démarche repose sur une donnée homogène, unique, cohérente et de grande qualité obligeant les SDIS à refondre leurs systèmes actuels et d’interconnecter leurs outils, à commencer par la gestion RH et financière.

À terme, le système d’information devra non seulement communiquer avec les organismes collecteurs habilités (dans le cas des fiches de paie par exemple) mais aussi avec les autres SDIS et services de secours du département. Une interopérabilité et une ouverture qui impliquent, dès aujourd’hui, de connecter les outils RH et Finances, et de déployer une vue consolidée sur le système en place.

Comment les SDIS peuvent-ils alors anticiper les évolutions à venir ?

Ils doivent mettre en place des outils légers, faciles à déployer, et qui intègrent la dématérialisation des documents et procédures. De façon plus générale, ils doivent au plus vite anticiper les problématiques de stockage et d’archivage des documents, de traçabilité des opérations, de transfert des informations de manière sécurisée… imposées par les contraintes règlementaires. C’est pourquoi ils doivent adopter une réflexion globale structurante et non pas aborder chaque sujet de manière isolée. Une approche en silos ne peut pas fonctionner sur la durée ! Les SDIS ont un vrai besoin en matière de système interconnecté, requérant une vision d’ensemble.

Toutefois, force est de constater qu’il existe de fortes disparités entre les SDIS, tous ne disposant pas des mêmes moyens financiers, humains et techniques. Il est donc difficile d’envisager une seule et même méthodologie de déploiement. En revanche, tous sont soumis aux mêmes contraintes et obligations. Pour les adresser, une analyse profonde de leur existant s’impose afin de définir un état des lieux précis et adapter la marche à suivre en conséquence.

Ensuite, selon le niveau de maturité du système d’information en place, le projet de modernisation sera plus ou moins long. Face à cette complexité, il s’avère indispensable de mettre en place, dès le début du projet, un accompagnement des personnels techniques mais aussi de l’ensemble des acteurs impliqués. Plus les personnels au sein des SDIS seront informés et formés, plus la modernisation du système ou la migration des outils sera acceptée. De même, cet accompagnement doit se poursuivre au-delà du projet lui-même pour expliquer et adapter les briques aux besoins précis de chaque structure. La modernisation des SDIS passe nécessairement par une expertise technique mais surtout par une implication humaine.

 

Les SDIS en chiffres (2018)

  • Près d’une centaine de SDIS en France, DOM inclus
  • 40 000 sapeurs-pompiers professionnels
  • 11 000 personnels administratifs et techniques
  • Environ 200 000 sapeurs-pompiers volontaires
  • Environ 30 000 jeunes sapeurs-pompiers
  • 4 milliards d’euros de dépenses de fonctionnement et 750 M€ en investissement
  • 4,6 millions interventions / an
  • 1,46 million de journées de formation / an

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